Bureaux Tuque Games

Tuque Games : la passion d’un indie, l’ambition d’un AAA

Pour plusieurs, je suis un spécialiste de jeux de société. Un peu avec raison, car je me suis immiscé dans l’industrie du jeu en passant par la porte cartonnée des jeux de table. Par contre, ce que peu de gens savent, c’est qu’avant de bouger des pions et manipuler des cubes en bois, j’étais un rôliste. Vers 12-13 ans, un ami et moi avons plongé dans Advanced Dungeons & Dragons 2nd Edition (AD&D2 pour les intimes). C’est à peu près au même moment qu’est paru le jeu vidéo Baldur’s Gate qui, ancré dans l’univers D&D Forgotten Realms, a été une véritable gifle ludique pour nous. Depuis, que ce soit sur table ou dans mon écran, le jeu de rôle ne m’a jamais quitté.

Jeudi matin, mon rédacteur en chef m’envoie un message laconique : « Es-tu occupé ce soir? ». Moi, à demi-réveillé : « Mon agenda me dit que non, mais j’ai l’impression que ça va être le cas dans 2 minutes… Où? Quand? ». Sa réponse : « Pendaison de crémaillère @TuqueGames 18h-21h ».

Tuque Games… Ça me dit quelque chose, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Quelques clics plus tard, je vois -avec mes yeux toujours demi-collés-, sur leur site web, qu’ils ont créé le jeu Livelock. En bref, un jeu de tir en coop dans un univers post-apocalyptique. J’admets ne pas y avoir joué, mais ça semble être bien cool et les avis sont bons. D’ailleurs, le jeu est présentement offert avec un 50% de rabais (c’est le Steam Summer Sale, hein 😉 ). Et puis, quelques autres clics plus loin… Le studio développe un jeu avec la licence Dungeons & Dragons! Hooo! Là, plus de demi-quoi que ce soit, je suis bien réveillé!

Une crémaillère entre amis

Crémaillère Tuque Games

C’est donc avec une intention évidente d’en savoir plus sur ce projet que je me dirige le soir même dans leurs nouveaux espaces dans Saint-Henri. Bâtiment typique du siècle dernier avec sa brique rouge, l’intérieur des locaux de Tuque Games ne laisse pas croire qu’on a affaire à une ancienne usine qui devait fourmiller d’ouvriers entre de complexes machineries. Au contraire, un grand espace dégagé où sont alignés ordinateurs; pas de bureaux fermés si ce n’est deux-trois locaux de réunion tout juste à côté d’un immense canapé. Au centre, un petit espace cuisine. Bref, c’est simple et efficace.

Au moment de mon arrivée, ça célèbre déjà les nouveaux espaces qui ont été investis il y a trois semaines déjà. Une cinquantaine de personnes, soit à peu près l’équivalent du nombre d’employés présentement dans la boite, discutent, verre à la main. Une impression de soirée chez des amis s’en dégage. D’ailleurs, sans surprise, sur le canapé, quelques personnes jouent à la PS4 : Mortal Kombat 11. Après avoir fait mon petit tour et pris quelques photos, Jeff Hattem, le fondateur de Tuque Games, m’invite à nous écarter un peu de la foule pour discuter.

Canapé de Tuque Games

Un passionné qui joue risqué

Ancien d’Ubisoft, puis de THQ, avec un passage par Behavior, il a notamment été développeur de niveaux, directeur créatif et producteur exécutif. C’est en 2012, avec le rachat de THQ par Ubisoft qu’il décide de lancer son propre studio avec l’idée de créer le premier studio AAA fondé à Montréal. Mais qu’est-ce qu’un studio AAA selon lui? « Pour moi, un studio AAA a reconnaissance internationale comme studio de qualité. Je ne dis pas que les indépendants ne sont pas de qualité, mais c’est un des critères. Il faut aussi que les jeux développés offrent une expérience riche et que le studio ait les moyens de ses ambitions », m’explique-t-il.

Jeff Hattem, fondateur Tuque Games

Avec seulement un jeu publié à leur actif et un en développement, on pourrait se demander si Tuque Games remplit ses critères. Sa réponse est simple : « Livelock était une première étape et ça a été un succès. Mais pour faire un studio AAA, il faut avoir une pensée entrepreneuriale et on savoir prendre de gros risques. Pour notre projet de jeu de Dungeons and Dragons, on a été stupides, mais dans le bon sens. En 2017, on s’est jeté dans le vide en prenant un an complet à développer un prototype de jeu qu’on est allé présenter à Wizards of the Coast [ndlr : la compagnie propriétaire de D&D]. Un an sans financement, c’est pas mal de risque. Et ça a marché! Ils ont embarqué et on en est pas mal fiers. »

Quand je lui demande si ce n’est pas trop de pression de faire un jeu sur une licence, il me répond, de but en blanc : « Oui, c’est énormément de pression : J’ai la chienne comme ça se peut pas. Les joueurs sont des passionnés, on sait qu’il y a beaucoup d’attentes. Mais j’ai totalement confiance, parce qu’ici on a des gens tout autant passionnés qui veulent faire un jeu qui va satisfaire aux fans. Par exemple, j’ai moi-même commencé les jeux de rôle avec AD&D2 et j’aime beaucoup la 5e édition! »

Créer des jeux et être maitre du donjon

Parlant de gens passionnés, il me présente Kevin Neibert, concepteur de jeux en chef et aussi le Dungeon Master de Tuque Games depuis 4 ans. En effet, cet ancien de Red Barrels (Outlast) et inXile entertainment (Wasteland 2) anime, deux soirs par semaine, le module Waterdeep Dragon Heist : « Quand on a commencé à travailler sur le jeu, on s’est rendu compte qu’il y avait des gens qui n’avaient pas joué à D&D alors que d’autres étaient des vétérans. On a eu l’idée de faire deux campagnes en mélangeant experts et néophytes et le résultat est vraiment cool. Chacune des parties a pris des directions complètement différentes! »

Kevin Neibert, concepteur de jeux en chef

J’en profite pour lui demander comment sera traduite l’expérience de jeu sur table à l’écran  : « Un élément important dans D&D est la coopération entre les joueurs. Livelock, notre premier jeu, misait sur des éléments coopératifs et nous espérons que nos apprentissages sur cette production vont nous aider à évoluer en ce sens. D’une certaine façon, le jeu de D&D sera l’héritier spirituel de Livelock. C’est-à-dire que ce sera un mélange entre les jeux d’action et les jeux RPG, mais dans un univers fantastique plutôt que de science-fiction. Et le plus important, à mon avis, est que le jeu est vraiment pensé pour une équipe tout en s’assurant que chaque joueur se sente héros. »

Pour clore la discussion, je me permets de lui demander si des personnages de leurs campagnes du soir pourraient se retrouver dans le jeu. Avec un petit sourire complice, il me répond simplement : « C’est déjà le cas. ». Le genre de petites choses qui me confirme qu’on a réellement affaire à des passionnés comme me le disait Jeff Hattem. D’ailleurs si jamais vous en êtes un, allez jeter un oeil à la section Emplois de leur site web. Je ne sais pas pour vous, mais pouvoir faire du jeu de rôle au travail, ça donne envie. Ho, bien important! Vous aurez accès à une bibliothèque remplie de livres, romans et autres jeux dans l’univers de D&D.

La bibliothèque Dungeons and Dragons de Tuque Games

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