Tournoi NHL 20 de Caps Gaming : les Québécois refusés

Tournoi NHL 20 de Caps Gaming : les Québécois refusés

Une semaine après avoir annoncé publiquement la tenue du Caps Gaming Showcase, voilà qu’on a appris, mercredi, que les Québécois ne sont pas autorisés à participer à ce tournoi de NHL 20 organisé par Caps Gaming.

C’est à tout de moins ce que stipule la description de l’événement sur le site web officiel du Caps Gaming Showcase — une compétition de NHL 20 rassemblant 32 équipes dans laquelle les joueurs s’affronteront dans des parties de 6 contre 6 dans le mode de jeu EASHL, sur Xbox One seulement.

« Le Caps Gaming Showcase est seulement ouvert aux résidents des États-Unis et du Canada (à l’exception du Québec), est-il écrit. L’ensemble des règles finales restent à être déterminées. »

Mais pourquoi seulement interdire la participation aux Québécois si tous les autres résidents en Amérique du Nord et au pays peuvent s’inscrire ? C’est ce qu’on a essayé de comprendre.

Selon François Savard, membre de la Fédération québécoise des sports électroniques du Québec et responsable du dossier de l’exclusion du Québec, la situation à laquelle se butent les Québécois réside dans le fait que la loi encadrant les concours de ce type est complexe.

« En très grosse partie, le problème réside dans la réglementation sur les concours publicitaires de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de concours, à travers le monde, qui excluent une participation des Québécois. Si par exemple, je voulais organiser un concours publicitaire seulement pour les Québécois, je devrais donner 10 % de la valeur du prix à la Régie. Pour un concours international, c’est un peu moins de 1 % », explique-t-il au bout du fil lorsque contacté par RDS Jeux vidéo jeudi matin.

Tournoi NHL 20 de Caps Gaming : les Québécois refusés

François Savard (Photo: RDS)

« Lorsque des compagnies vont faire des tournois de esports, par défaut, elles traitent leur tournoi comme un concours publicitaire et suivent la réglementation de la Régie, poursuit-il. Mais en 2016, la Fédération des sports électroniques du Québec a réussi à faire statuer la Régie des alcools, des courses et des jeux, dans une lettre officielle, que les sports électroniques n’étaient pas un concours publicitaire. C’est pour ça que lorsque des tournois excluent les Québécois, la Fédération va communiquer avec les organisateurs et leur parler. Généralement, ça finit par bien se régler. Dans le cas de Caps Gaming, c’est le premier tournoi d’envergure qu’ils font alors je pense qu’il y a un certain travail d’éducation qui doit être fait parce que le gros problème c’est que même au Québec, la situation n’est pas claire pour plusieurs. Je ne crois pas que Caps Gaming voulait mal faire en excluant les Québécois, je pense que c’est plutôt parce qu’on est habitué d’exclure le Québec. »

Du côté de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec, on se contente de confirmer les propos de M. Savard.

« Il n’y a pas de réglementations en matière de sports électroniques », souligne la responsable aux communications et porte-parole, Joyce Tremblay.

« Dans le cas qui nous intéresse, la Régie n’a pas compétence parce que ça ne vise pas à promouvoir les intérêts commerciaux. On parle plutôt d’une détection de talents, ajoute-t-elle. L’entreprise a fait le choix d’exclure le Québec, possiblement en passant qu’ils devaient respecter l’encadrement de la Régie, soit le paiement de certaines sommes de la loi sur les concours publicitaires et appareils d’amusement, mais ce n’est pas le cas. »

À la connaissance de Mme Tremblay, Caps Gaming n’est jamais entré en contact avec la Régie afin de vérifier si leur tournoi était reconnu comme étant un « concours » par celle-ci.

« Malencontreusement, il y a trop d’entreprises qui décident d’exclure les gens du Québec, unilatéralement, sans nous consulter et sans même s’assurer que c’est vraiment un concours », indique-t-elle.

Une pétition

Si « l’ensemble des règles reste à être déterminé », c’est donc dire qu’il y a toujours un peu d’espoir pour que la situation change.

D’ailleurs, une pétition en ce sens a rapidement émergé sur les réseaux sociaux mercredi soir afin de permettre aux Québécois de concourir au Caps Gaming Showcase.

« On n’a pas expliqué pourquoi les gens qui vivent au Québec ne pouvaient pas participer à ce tournoi. Caps Gaming se targue de développer une scène compétitive, mais limiter le bassin de joueurs en excluant l’un des endroits les plus talentueux au Canada et aux États-Unis, c’est un peu contradictoire, écrit Jérémie “JerDubzz” Dubé, qui a lancé la pétition en question avec son homologue Michael “Miviens” Viens. Il est difficile de croire que nous sommes exclus à cause des règles du passé », poursuit-il.

« C’est triste parce que les Québécois représentent un peu plus de 30 % de la communauté du 6’s dans EASHL, a pour sa part réagi Miviens, en entrevue téléphonique avec RDS. On a au moins quatre équipes dans le top-10 mondial donc c’est certain qu’il y aurait de bonnes chances qu’une équipe québécoise gagne la finale du Caps Gaming Showcase. Les Québécois, nous sommes reconnus comme étant les meilleurs gamers de NHL, donc c’est certain que les Anglos étaient contents de voir que nous n’étions pas admis au tournoi. »

« C’est dommage aussi parce qu’il y a des équipes, par exemple, qui avaient des Ontariens et des Américains, mais également un Québécois au sein de leur alignement et là, ils sont obligés de le remplacer, ajoute-t-il. C’est plate ! »

Tournoi NHL 20 de Caps Gaming : les Québécois refusés

Michael «Miviens» Viens (Photo: RDS)

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Miviens se voit refuser l’accès à un tournoi de la série NHL en raison de sa citoyenneté.

« La deuxième année que j’ai commencé ma carrière de gamer pro, il y avait un gros tournoi de NHL avec 100 000 $ en prix et les Québécois faisaient partie des personnes exclues. »

Selon François Savard, les chances que l’organisation change son fusil d’épaule et autorise les Québécois à participer sont toutefois bien réelles.

« Selon moi, la situation pourrait changer, affirme-t-il. Surtout que dans leur cas, spécifiquement, je ne pense pas que ce soit de la mauvaise intention. Le fait que les règles ne soient pas encore complètement écrites et qu’elles n’ont pas été annoncées publiquement est aussi une bonne chose. Si le tournoi était déjà commencé, ça serait différent. »

« On l’espère vraiment », a ajouté Miviens à ce sujet.

Le Caps Gaming Showcase débutera en décembre. L’équipe qui remportera la compétition se partagera une cagnotte de 15 000 $.