The International 9 : la fabuleuse épopée OG

Historique. Titanesque. Époustouflante. Les superlatifs manquent pour décrire l’amplitude de la victoire d’OG la fin de semaine dernière à Shanghai. Avec cette victoire 3-1 en grande finale sur Team Liquid, ils ont réalisé ce qu’aucun auparavant n’avait réussi : soulever une seconde fois l’Aegis des Champions, trophée emblématique de The International.

Liquid contre OG, une finale pour l’Histoire

C’est cette fois leur ancien coach, Sébastien “Ceb” Debs, redevenu joueur “pour dépanner” courant 2018, qui a eu l’honneur de poser les mains sur l’Aegis le premier. Si ses exploits l’an passé sont restés dans les mémoires (et dans la chat wheel du jeu), c’est bien au triomphe de toute une équipe qu’on a pu assister.

À l’ouverture de cette grande finale, le destin était déjà en marche : pour la première fois de l’histoire de la compétition, une équipe allait remporter un second titre. Les champions actuels étaient opposés à Team Liquid, vainqueurs en 2017. La victoire de OG l’an passé avait déjà été historique. Elle avait brisé pour la première fois le fameux cycle du TI, qui voyait une équipe chinoise remporter le titre à chaque année paire. C’était donc une nouvelle page de l’histoire de Dota 2 qui allait s’écrire à l’issue de cette rencontre.

Alors qu’OG avait eu un parcours parfait, survolant la compétition, Team Liquid a réalisé une autre grande première dans l’histoire du TI : remonter intégralement l’arbre inférieur, synonyme de six matchs éliminatoires remportés. Un véritable marathon, durant lequel Liquid n’a lâché qu’une seule petite manche, contre les derniers espoirs chinois du tournoi, PSG-LGD.
De son côté, OG a cédé deux fois, en première manche contre EG et PSG. Les deux équipes ont fait preuve d’un mental d’acier, et le choc promettait un séisme.

Et OG fit fondre Liquid

Mais si la finale de l’an dernier face à PSG-LGD avait été un véritable ascenseur émotionnel, c’est une démonstration à laquelle on a pu assister dimanche. Certes, Team Liquid a pris la première manche. Mais pour beaucoup, c’est un peu un 4 à 0 qui a eu lieu, tant OG fut proche d’ouvrir le tableau des scores. N0tail et ses compères avaient tranquillement accumulé une avance confortable, mais deux batailles à l’avantage de Liquid ont suffi à les remettre sur les rails.

Sur les manches suivantes, Topias “Topson” Taavitsainen et ses coéquipiers ont déchaîné une rage implacable sur leurs adversaires. Du Dota spectaculaire, avec une agressivité quasiment jamais vue à ce niveau, et au talent d’exécution collective digne des champions du monde. Du Dota champagne, sauvage, et surtout, dévastateur. Les trois manches se sont terminées en 32, 23, et 24 minutes, dans un bain de sang.

 

ana , feu follet de Dota 2

La star de l’équipe chez OG a souvent été l’Australien Anathan “ana” Pham, joueur de position 1. C’est d’ailleurs lui qui, d’après les dires de leur coach, a amené la stratégie du “Io carry”, qui a pesé lourd dans leur victoire cette année. Le constat est simple : durant les phases finales, les deux seules parties où leurs adversaires ont eu l’imprudence de ne pas bannir Io, OG s’en est systématiquement servi, et a obtenu une victoire presque facile à chaque fois. Même Liquid sur la dernière partie n’a su trouver aucune solution, alors qu’OG avait eu l’audace de sélectionner Io dès le premier pick.
Une stratégie déstabilisante, mais qui n’avait pourtant absolument pas été travaillée par l’équipe. Mais OG est un groupe qui se fait confiance. Si ana affirmait que Io pouvait être le fer de lance, c’est qu’il en était capable. Et c’est un des nombreux exemples qui illustrent la philosophie OG, et leur état d’esprit.

Topson, le Finlandais brûlant

Dans cette finale, c’est surtout le Finlandais Topson qui a particulièrement brillé. Totalisant cinquante éliminations sur la série, dont 16 et 17 sur la deuxième et troisième manche, celui qui était encore un inconnu de tous il y a un peu plus d’un an n’a eu de cesse de traquer ses adversaires à travers toute la carte. Liquid aura passé plus de temps à fuir qu’à combattre, pourchassée par Ember Spirit et Monkey King, deux héros à la mobilité immense. Son Pugna a fait littéralement fondre les barres de vie de Liquid, et son Gyrocopter a survolé les combats avec une apparente facilité quasi déconcertante.
Des performances qui ne feront certainement pas oublier le travail de sape des hommes de l’ombre, N0tail et Jerax, ni le charisme de Ceb, illustré durant le documentaire True Sight de l’an dernier.

“Dota est un incroyable jeu d’esprit. (…) Si vous brisez le mental de votre adversaire, tout devient très simple. Mais certains sont bien plus solides que d’autres” -N0tail, traduction libre

Quand OG mène la guerre psychologique

Ce sont sur ces paroles du capitaine danois Johan “N0tail” Sundstein qu’avait ouvert le dernier opus de True Sight justement. Et la guerre psychologique, OG en a fait sa spécialité. “Ceeeeeeeeeeeeeeeeeb!”, “lakad matatag”, “Don’t be mad”, le canal de discussion du jeu était monopolisé par les joueurs de OG. Provocations, “tips”, tous les outils étaient bons pour faire titiller l’adversaire. Les commentateurs ont éclaté de rire lors de l’entrée en scène de N0tail durant la finale de l’arbre supérieur, face à PSG. Une pile de feuilles sous le bras, le geste faisait référence à une remarque d’un joueur du PSG à la vue de Ceb et ses feuilles de préparation du draft. OG provoque, se moque, et joue avec son adversaire.
Mais aussi et surtout, OG a géré la pression. Et le résultat fut visible dans le box insonorisé du Mercedes-Benz Arena. Les joueurs de OG étaient souriants, décontractés, et semblaient rire et s’amuser en permanence, alors que des millions étaient en jeux. Une parade efficace pour évacuer le stress et l’incroyable pression qui pesait sur leurs épaules.

Quand OG joue avec sa nourriture, ça donne une humiliation de haut niveau

Cette gestion du stress, Mia Stellberg n’y a certainement pas été étrangère. La Finlandaise a travaillé avec de nombreux athlètes et équipes du sport traditionnel et électronique. La plus titrée est probablement Astralis, dont la domination absolue sur la scène CSGO en 2018 a marqué les esprits. Mais ce sont aussi ENCE, toujours sur Counter-Strike, ou encore SK Gaming, sur League of Legends, qui ont bénéficié de son expertise. Les résultats pour Astralis ont été radicaux, eux qui étaient justement réputés pour ne pas tenir la pression, et s’écrouler en finale. OG n’a pas l’appui d’une grande organisation internationale comme peut l’être Team Liquid, mais s’est construite une structure à sa taille. Et surtout, une organisation adaptée à ses méthodes.

Retrouver la rage de vaincre, un TI à la fois

Par le passé, OG a su dominer sur la saison, comme l’attestent les quatre Majors remportés entre fin 2015 et 2017, mais s’était écroulée par deux fois au TI. C’est dire l’enjeu, l’importance et le rêve que représente ce trophée aux yeux des joueurs de Dota 2. Plus qu’un titre de champion du monde, il symbolise un accomplissement au prix de nombreux sacrifices. Et une fois ce Nirvana atteint, aucune équipe ni joueur n’avait su réitérer l’exploit.

À Shanghai, OG a trouvé la solution. Ils ont renversé la vapeur, à tel point qu’ils ont su survoler une compétition au plus haut niveau mondial avec une domination presque déconcertante. N0tail et ses coéquipiers ont su trouver les ressources, la faim nécessaire pour aller jusqu’au bout. L’entrevue de Jesse “Jerax” Vainikka après leur victoire en demi-finale face à EG était éloquente : le Finlandais s’est dit en manque de Dota 2, presque frustré, ne pouvant s’entraîner à l’hôtel.

Les trophées avant les billets

OG s’est imposée comme la meilleure équipe du monde sur ce TI, et peut-être la meilleure de l’histoire de Dota 2. Mais aussi une des plus agréables à regarder, avec un des styles les plus explosifs qu’on ait jamais vu. Nul ne sait s’ils sauront de nouveau retrouver cette faim du jeu qui les a poussés tout au long de ce TI. Mais ils ont quoi qu’il arrive gravé une marque indélébile dans l’histoire du sport électronique. Tous les médias ont surtout mis de l’avant l’incroyable pactole récolté, mais s’en tenir aux gains, c’est hélas passer à côté d’une des plus grandes histoires que le jeu vidéo compétitif a pu nous raconter. Une histoire presque trop belle, faite d’amitié, de confiance, et d’abnégation. Les millions, c’est une affaire de banquiers.

Rendez-vous à Stockholm pour ce qui sera, encore, un historique dixième The International, de retour en Europe neuf ans après sa naissance à Cologne.

Commentez cet article