Rétrospective Yoshi (1990-2019): bien plus qu’un dinosaure vert

Nintendo est un éditeur qui possède un incroyable éventail de personnages dans ses cartons. Ce sont pourtant bien plus que des mascottes, car ils ont régulièrement des rôles dans les productions de la firme. Et certains d’eux ont même leur propre série de jeux. Contrairement aux amis d’un hérisson bleu, la création de chaque protagoniste est mûrement réfléchie et il est là pour remplir une place ou une fonction bien précise.

Le meilleur exemple reste encore l’acolyte vert de Mario. Non, pas celui à casquette, mais la bestiole qui aime bien tirer sa langue. Yoshi est devenu un compagnon indissociable du plombier de Nintendo et pourtant, il s’émancipe rapidement pour gambader tout seul dans des jeux qui lui sont dédiés.

On vient tous de quelque part

Il est communément admis que la première apparition de Yoshi est dans Super Mario World, comme faire-valoir de Mario. Son intégration dans un jeu est pourtant antérieure puisque Shigeru Miyamoto, le célèbre concepteur de chez Nintendo, veut un destrier pour Mario dès Super Mario Bros. sur NES. La console n’étant à ce moment-là pas assez puissante pour gérer cette mécanique, l’idée a dû être abandonnée.

C’est ainsi que l’envie de faire venir Yoshi dans Super Mario World est presque venue d’elle-même. La première ébauche est réalisée par Shigefumi Hino, un game designer de chez Nintendo, à qui l’on doit le look de pas mal de personnages de l’univers de Mario. Comme le jeu se déroule dans le monde des dinosaures, son approche est de donner à Yoshi l’apparence d’un lézard. Cela va légèrement changer après le passage de Takashi Tezuka, qui veut l’affilier aux Koopa. C’est d’ailleurs pour cela que Yoshi possède une carapace de tortue sur son dos, alors que durant ses premiers designs cela ressemblait surtout à une selle.

Le dinosaure vert dans Super Mario World possède un long cou ainsi que de courtes mains. Au fil des jeux, son apparence va changer en rapetissant, mais c’est surtout dans Super Mario World 2: Yoshi’s Island qu’un nouveau design va être popularisé. Il devient alors beaucoup plus rond et gagne de longs bras, mais l’expression de son visage est également adaptée pour qu’il ait l’air plus courageux, afin d’en faire le héros principal. Son apparition dans Mario Party déterminera son look moderne, en ayant une posture plus verticale et donc plus humaine.

Si l’on en croit un guide de 1993, le nom de l’espèce de Yoshi est le : T. Yoshisaur Munchakoopas. Maintenant, vous le savez.

En aventure avec le réparateur d’évier

Super Mario World marque la première apparition de Yoshi en tant que fidèle destrier de Mario et accessoirement de Luigi. On ne peut alors pas encore vraiment parler d’un personnage à part entière, car sa fonction est réduite à un simple bonus que le joueur peut utiliser avec Mario. Il est alors possible de le faire sortir d’un oeuf en cognant un bloc très tôt dans le jeu.

Yoshi, un dinosaure vert :

Hooray! Merci de m’avoir sauvé. Mon nom est Yoshi. Je suis en route pour sauver mes amis,  Bowser m’a piégé dans cet oeuf.

On se met donc en route pour combattre les Koopalings de Bowser et sauver les oeufs de Yoshi. Et même s’il ne peut pas être utilisé partout, comme dans les maisons hantées, Yoshi devient vite un outil indispensable. Sa faculté à attraper presque tous les ennemis avec sa langue et pouvoir ensuite les manger en fait un adversaire redoutable. Ironiquement, une des seules créatures qu’il est impossible de gober dans la version internationale de Super Mario World ce sont les poissons, alors qu’il est possible de le faire dans la version japonaise.

Ce qui en fait un outil versatile c’est aussi que Yoshi peut s’octroyer des capacités qui changent selon la couleur de la carapace du Koopa qu’on a attrapé. La verte sert de projectile basique, la jaune permet de faire des mini-tremblements de terre, tandis que la rouge nous fait tirer trois boules de feu. La plus utile reste la carapace bleue qui nous aide à voler durant un temps limité.

Yoshi va encore grandement évoluer par la suite, par contre les bases sont quand même déjà posées. Super Mario World étant distribué avec la Super Nintendo, le jeu va connaître un énorme succès et fera connaître le personnage auprès des joueurs.

On en fait tout et rien

La poignée d’années qui suivra ne sera pas des plus glorieuses pour Yoshi, qui verra quelques jeux arriver portant son nom, mais qui sont loin de mettre tous ses talents en valeur.

En 1991, le plombier et le dinosaure s’associent dans un jeu de puzzle du nom de Yoshi sur NES et Game Boy. Un jeu développé par Game Freak, le studio qui va créer plus tard la série des Pokémon. Cela se passe un peu à la manière d’un Tetris, sauf que les blocs sont remplacés par des monstres de l’univers de Mario Bros. Ils tombent du haut pour former des colonnes et on déplace Mario dans le bas qui peut ainsi les faire pivoter. L’objectif est de mettre au minimum deux ennemis semblables l’un à côté de l’autre pour les éliminer. Le rôle de Yoshi ? Et bien il est sur le côté et il compte le nombre d’oeufs qu’on ramasse pour faire plus de points.

Une année après c’est au tour de Yoshi’s Cookie de faire parler de lui sur NES, Super NES et Game Boy. Les mécaniques sont relativement basiques. L’écran est constitué d’un quadrillage de biscuits et il faut les pivoter horizontalement ou verticalement afin de tous les enlever. Yoshi ? Et bien il apparaît sur le côté de l’écran. Ce sera d’ailleurs la première apparition du sprite de Yoshi avec son nouveau look, celui qu’on aura dans Yoshi’s Island.

Une version promotionnelle est sortie en 1994, pour faire la promotion des fours de la marque Panasonic. Seulement 500 exemplaires de ce jeu ont été édités, ce qui en fait le jeu le plus rare de la franchise Yoshi.

S’il y a bien une bizarrerie dans la longue liste de jeux du dinosaure, c’est bel et bien Yoshi’s Safari. Un jeu de tir sur rail qui nécessite que le joueur utilise le Super Scope de la Super Nintendo. On avance automatiquement en ligne droite en chevauchant Yoshi et il faut tirer sur notre écran pour abattre les monstres qui sont dans notre ligne de mire. Rien de bien palpitant et la seule particularité est qu’on profite du Mode 7 de la console pour proposer un semblant de vue à la première personne.

Chose amusante à noter, c’est le premier jeu en dehors du Japon où on énumère le nom de princesse Peach, alors qu’auparavant on parlait de la Princesse Toadstool.

La bête est dans l’arène

Il faut attendre Yoshi’s Island sur Super Nintendo en 1995 pour que Yoshi se lance enfin dans sa première aventure en solitaire. Et quel jeu! C’est ici qu’on pose les fondements de ce qui va caractériser Yoshi pour les décennies qui suivront.

En plus de moderniser son apparence et de pouvoir lancer des oeufs, c’est surtout le gain d’un saut plané sur quelques secondes qui va changer beaucoup de choses. Cette petite mécanique va faire entrer le personnage dans la catégorie des jeux de plateformes qui peuvent proposer des niveaux plus techniques, avec une architecture plus travaillée. Un effet qui est augmenté par les transformations que peut endosser Yoshi, comme l’hélicoptère ou encore le sous-marin et la voiture.

Yoshi’s Island introduit les bonus à collecter avec les pièces rouges et les fleurs cachées. Ce qui donne un jeu qu’on peut définir comme étant à double couche. Un simple joueur peut traverser le jeu sans chercher à tout récolter, alors qu’un utilisateur chevronné peut s’amuser à affronter un autre niveau de difficulté en cherchant à tout ramasser.

Bien qu’intitulé Super Mario World 2: Yoshi’s Island en dehors du Japon, celui-ci se démarque beaucoup de la série des jeux Mario. Déjà par la jouabilité offerte par les capacités de Yoshi, mais aussi par son rendu graphique et sa musique. L’ambiance bon enfant et un peu cartoonesque qui s’en dégage va grandement contribuer à sa popularité. Les ventes ne seront en revanche pas énormes, mais il faut dire que Yoshi’s Island est sorti très tardivement en 1995 sur Super Nintendo, alors qu’on était déjà dans l’ère des machines 32 bits. Avec ses 4,12 millions d’exemplaires écoulés dans le monde, on peut donc dire que c’est un très bon succès.

Chacun de son côté, c’est comme ça

À partir de Yoshi’s Island, il y a une rupture entre la série de Mario et de Yoshi. Le dinosaure fait encore quelques apparitions dans les jeux du plombier en tant que monture, mais il n’y aura que rarement un rôle important. Il devient alors un personnage à part entière du grand monde magique de Nintendo.

Après une dernière excursion sur Super Nintendo avec Tetris Attack, Yoshi va essayer de se faire une place sur Nintendo 64. On peut bien entendu le voir dans Super Mario 64, sur le toit du château si on arrive à réunir les 120 étoiles, mais on oublie parfois qu’il y avait sa propre aventure.

Ce qui devait être Yoshi’s Island 64 sur 64DD, deviendra finalement Yoshi’s Story sur Nintendo 64 en 1997. Comme sur Super Nintendo, le jeu se démarque de la concurrence par un aspect graphique et musical vraiment mignon. On parle alors d’un rendu 3D avec une jouabilité en 2D. Un jeu de plateforme classique, mais qui commence à déterminer un peu plus l’orientation artistique de la série de jeux Yoshi. Notamment avec son effet “Patchwork” qui donne l’impression que le monde est fait de bout de tissus et de cartons.

Malheureusement on ne retiendra pas grand-chose de Yoshi’s Story qui est souvent considéré comme le maillon faible de la série canonique des jeux de Yoshi. La faute en revient à une difficulté inexistante. Pour terminer un niveau, il suffit simplement d’y ramasser 30 fruits pour rendre Yoshi heureux. Chaque monde dispose de quatre tableaux, mais il suffit de terminer le premier pour passer au monde suivant. Ainsi si on ne s’oblige pas à débloquer tous les stages, la durée de vie de Yoshi’s Story est assez légère.

Toujours un peu différent

En 2002, c’est un bref passage dans Super Mario Sunshine sur GameCube, mais en 2004 Yoshi va atterrir sur GameBoy Advance dans un jeu original. Yoshi Topsy-Turvy est une curiosité amusante, sans être un grand jeu. Il faut dire que la critique n’a pas été tendre avec et la rapidement défini comme une démo technique. Ce qui n’est pas grandement faux, car la base graphique provient de Yoshi’s Story sur N64. Mais à cela s’est greffé un capteur d’inclinaison qui est directement dans la cartouche. En penchant la console à droite ou à gauche, cela a une influence sur les décors ou les personnages. On peut alors influencer la gravité et aider Yoshi dans certaines situations périlleuses.

Cela en fait un jeu très particulier qui peut seulement être joué sur son support original pour en profiter pleinement. Mais encore une fois le jeu est très facile et cela impacte sa durée de vie qui s’en retrouve très amoindrie.

Yoshi’s Touch & Go est encore un de ces essais en marge de la série qui essaye de proposer une jouabilité inédite. Et c’est plutôt réussi. On utilise pleinement l’écran tactile de la Nintendo DS. Dans la première phase du jeu, on doit dessiner des nuages pour diriger la chute de bébé Mario sur l’écran du haut. Il tombe ensuite sur le dos de Yoshi qui va avancer en ligne droite sans qu’on puisse le contrôler. À partir de là, on recommence à dessiner pour aider le dino, tout en pouvant envoyer des oeufs vers le haut pour attraper des pièces.

Beaucoup d’autres jeux reprendront ce principe par la suite, pourtant avec ces cinq modes et la fraîcheur de son atmosphère, Yoshi’s Touch & Go est un titre attachant et très amusant.

La gloire de l’épisode Super Nintendo

Pour un bon paquet de joueurs, le premier Yoshi’s Island est un opus indétrônable de la série. Alors, quand Nintendo annonce à l’E3 2006 un Yoshi’s Island 2, il y avait de quoi sursauter d’étonnement.

Le jeu deviendra Yoshi’s Island DS au moment de sa sortie et la crainte est vite d’avoir une copie conforme de l’opus sur Super Nintendo. Et faute de constater que c’est un peu ça, en tout cas en apparence. Yoshi est toujours là pour sauver bébé Mario des griffes de Kamek et ses compétences n’ont pas changé d’un iota. Le saut plané est encore là et le lancer d’oeufs évidemment aussi.

Le changement va venir de l’ajout des cinq bébés que Yoshi doit transporter et sauver. En les ayant sur son dos, il va avoir des pouvoirs différents. Mario lui donne un dash, Peach lui permet de voler plus longtemps et de se déplacer sur les courants d’air, ainsi de suite. On garde donc la structure originale des niveaux d’un jeu Yoshi’s Island, pour y joindre des séquences qui nous obligent à changer régulièrement de bébés. L’intérêt est de diversifier les actions du joueur et de le mettre face à des obstacles qui peuvent seulement être résolus avec un bébé en particulier.

Yoshi’s Island ne déroge pas à la formule habituelle et ne dénature pas les capacités de Yoshi, mais par une petite ristourne scénaristique les développeurs y apportent un élément externe qui fait quand même évoluer le personnage.

La prochaine itération de la licence se fera attendre jusqu’en 2014 sur Nintendo 3DS. Entre temps, il faudra se satisfaire en jouant Yoshi dans divers jeux de party de Nintendo ou comme canasson pour le gars à casquette rouge. Sa présence la plus remarquée se fera dans l’excellent Super Mario Galaxy 2 sur Wii.

Malheureusement, ce ne sera pas le cas de Yoshi’s New Island sur 3DS. Le jeu n’est en soi pas mauvais, loin de là, mais il est clairement en dessous de ces prédécesseurs. Le souci c’est qu’on reste sur quelque chose de trop similaire. Le seul gain c’est que Yoshi peut cette fois lancer de temps en temps des oeufs géants. On a juste un condensé de quelques idées tirées des jeux antérieurs, mais rien qui arrive à vraiment faire prendre la sauce.

L’aube du changement approche

Peut-être après avoir appris des erreurs de Yoshi’s New Island, mais probablement en s’inspirant du très chouette Kirby’s Epic Yarn, le studio Good-Feel développe pour Nintendo le jeu Yoshi’s Woolly World sur Wii U en 2015, avec un portage sur 3DS en 2017. Cela faisait 18 ans qu’un jeu canonique de la série Yoshi n’avait pas mis ses petits pieds sur une console de salon.

On se retrouve ici dans un monde fait complètement de laines et de tissus. Un environnement qui sert de joli prétexte pour quelques changements. Nos Yoshis peuvent toujours tirer la langue pour gober les ennemis, mais à la place des oeufs ce sont cette fois des balles de laine qui peuvent être lancées. La jouabilité reste sensiblement identique que dans nos habitudes, mais il y a une forte portance vers la coopération. Les deux joueurs peuvent s’attraper et se lancer mutuellement pour atteindre des zones inaccessibles.

La vraie nouveauté c’est que les niveaux profitent pleinement du contexte pour offrir des mécaniques à base de fil de laine à effilocher ou encore de fermeture éclair à ouvrir. Le résultat ce sont des niveaux vraiment colorés et pleins de surprises. Avec des plateformes qui peuvent changer de forme en cours de partie ou des passages secrets qu’on découvre par hasard. Un mélange étonnant, mais qui colle à merveille avec l’univers de Yoshi.

Encore une fois, il se fait juger par sa grande facilité, mais sa durée de vie reste honnête, car il y a plusieurs petits secrets et costumes à collecter. Mais c’est surtout pour sa façon intéressante de faire évoluer le personnage de Yoshi que le jeu se fait remarquer.

Une formule qui a été gardée pour Yoshi’s Crafted World qui sort le 29 mars prochain sur Nintendo Switch. Encore une fois, on ne décèle pas un grand changement sur le plan dans la jouabilité : Yoshi, oeufs et saut plané. Tout est encore en place et semble fonctionner toujours aussi parfaitement. Le jeu de Nintendo pousse par contre le concept plus loin de pouvoir interagir avec le décor. Des bouts de rubans adhésifs, du carton et des ficelles, on a l’impression en contemplant les décors que tout a été fabriqué à la main et c’est d’autant plus vrai quand on passe derrière les environnements.

L’interactivité est au centre de Yoshi’s Crafted World et il reste fidèle à ce que les épisodes précédents ont pu contribuer à la série. L’esprit semble conservé et peut même être partagé en coopération.

Dans la grande famille des mascottes de Nintendo et les licences qui en découlent parfois, Yoshi est un de ces personnages qui a réussi à se forger sa propre identité au fil des jeux et de ses apparitions. Il faut dire qu’il a tout pour attirer notre sympathie, que cela soit chez les enfants ou même avec les adultes. L’évolution de ses jeux en est le parfait exemple. Même si on reste la plupart du temps dans de la plateforme pure et dure, on y voit quand même une certaine forme d’expérimentation avec des jeux qui tentent parfois de sortir de nos habitudes.

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