Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Le monde du jeu d’aventure sur PC, notamment si on se resitue dans les années 80, est jonché de productions en tout genre qui ont durablement marqué les utilisateurs. Mais alors que LucasArts domine pas mal le marché avec des titres comme Maniac Mansion, Sierra entre doucement dans le terrain avec son fameux King’s Quest ou encore Space Quest. Au milieu de tout ça, dans une envie de se renouveler, apparaît Leisure Suit Larry, un jeu qui va légèrement défrayer la chronique.

C’est avant tout l’histoire d’un éditeur

Avant d’en arriver là, il faut revenir brièvement sur la naissance de Sierra. Un éditeur qui est apparu en 1979, un peu par hasard, suite à l’envie de Roberta Williams et son mari Ken de fonder une société pour éditer leur premier jeu. C’est ainsi que voit le jour On-Line Systems, qui deviendra en 1982 Sierra On-Line. 

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Roberta est à ce moment-là une grande amatrice de jeux d’aventure textuels, qu’elle joue sur un Apple II, qui n’est autre que l’ordinateur de travail de son mari. Après avoir écumé tous les jeux disponibles sur le support, elle va convaincre son époux de programmer pour elle un jeu qu’elle vient d’écrire. Mais plutôt que de faire un énième jeu textuel, elle souhaite que cela s’accompagne par des dessins digitaux réalisés à base de traits, qui représentent les environnements où se déroulent les événements de son histoire. Cela peut paraître simpliste aujourd’hui, mais en 1980 Mystery House devient le premier jeu d’aventure sur PC arborant des graphismes.

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Le succès de ce dernier amène Ken et Roberta à créer une gamme de jeux, dans laquelle on peut trouver : Mission Asteroid, Wizard and the Princess, Ulysses and the Golden Fleece ou encore, Time Zone and The Dark Crystal. 

Des jeux qui feront la renommée de Sierra et qui en 1983 les fera travailler avec IBM. Ce dernier veut financer un jeu pour leur nouvel ordinateur, le PCjr. Les Williams profiteront des capacités de la machine, pour développer un moteur graphique qui leur servira pour développer toute une première génération de jeux d’aventure. Ce qui leur permettra de créer King’s Quest, ainsi que plusieurs autres séries de Quest, comme Space Quest ou encore Police Quest.

C’est dans ce contexte que Sierra commence à acheter et distribuer des jeux provenant de l’extérieur. C’est ainsi que des titres comme Dragon’s Keep ou Troll’s Tale rejoignent le catalogue de l’éditeur. Des jeux développés par un programmeur autodidacte du nom de Al Lowe. Il travaille ensuite directement pour Sierra et notamment sur des jeux Disney, en tant que programmeur, mais aussi dans la création de musiques pour divers titres.

Il faut un début à tout

Le commencement de Leisure Suit Larry est à trouver quelques années avant la sortie du premier jeu, en 1982 plus précisément. Lorsque Sierra distribue Softporn Adventure, un jeu d’aventure textuel qui se base sur un récit érotique et donc destiné aux adultes. Ce qui est ironique quand on sait que la société s’est justement fait un nom en évitant ce genre de productions, en voulant rajouter des graphismes à ces jeux. Un détail qui ne semble pas avoir échappé à Al Lowe qui en 1986, trouve qu’il est temps de faire un remake de ce jeu en utilisant les outils de développement qu’ils ont à présent à disposition.

Ce qui donnera en 1987, Leisure Suit Larry, un jeu qui sur le fond est similaire à Softporn Adventure, puisqu’il en reprend les énigmes. Là où on dérive de son prédécesseur, c’est qu’il a fallu créer un personnage principal, tout en conservant le ton humoristique des autres productions de Sierra. 

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

C’est ainsi qu’on tombe sur Larry Laffer, un travailleur de bureau qui à l’âge de 38 ans se rend compte qu’il est peut-être temps de perdre sa virginité. Proche de la crise de la quarantaine, il va donc tout mettre en oeuvre pour réussir son objectif, quitte à se mettre dans des situations vraiment absurdes. Malheureusement si vous vous plongez dans le jeu de nos jours, dites-vous que vous allez devoir faire face à un jeu basé sur du texte. Donc pas de souris, mais des mots-clés à taper aux bons endroits et espérer que cela fonctionne. Si certaines actions sont évidentes, ce n’est pas le cas pour toutes et il est facile de rester bloqué devant une énigme, car sa solution est tout sauf intuitive. Vous allez mourir souvent. Et parfois dans des situations complètement loufoques et hilarantes.

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

À sa sortie le jeu n’aura aucune publicité de la part de Sierra, à cause de son contenu jugé trop controversé. Plusieurs boutiques ont refusé de vendre le jeu, pourtant Leisure Suit Larry: In the Land of the Lounge Lizards va se vendre sur la durée, avec plus de 300 000 copies en un peu plus d’un an. En 1991, Sierra sortira une version “Enhanced”, qui ajoute le support de la souris ainsi qu’une rehausse graphique. En 2011 Al Lowe lance un kickstarter pour une version “Reloaded” qui est en faite un remake du jeu original, et qui est sorti en 2013 sur PC, Playstation 3 et appareils mobiles.

En avant les turbines

Al Lowe rempile assez rapidement avec une suite en 1988, intitulé Leisure Suit Larry Goes Looking for Love (in Several Wrong Places). Sans grande surprise le jeu reste grandement inchangé, même si cette fois l’aventure se joue à la souris pour les déplacements, ainsi qu’une zone de textes pour effectuer les actions. 

Retrouvant doucement ses esprits après sa première aventure, Larry gagne cette fois un prix lors d’une émission de drague, qui l’envoie dans une croisière en bateau. Évidemment comme on peut s’en douter, les choses ne se déroulent pas comme attendu et notre pauvre gars se retrouve en possession d’un microfilm, alors qu’un scientifique fou et le KGB veulent mettre la main dessus. S’en suivra une rocambolesque succession d’événements qui feront que Larry essaye de s’échapper en bateau pneumatique ou encore en parachute. Et qu’il ira jusqu’à rencontrer un peuple natif d’une île tropicale.

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Ce deuxième volet des aventures de Larry est souvent considéré comme un des meilleurs de la trilogie originale, et cela malgré qu’il s’agit d’un des jeux présentant le moins d’éléments sexuels. Une tentative de Sierra de s’auto-censurer, afin de rendre son jeu plus accessible et éviter la controverse autour du premier Leisure Suit Larry. Et c’est d’autant plus le résultat contraire qui est arrivé, puisque les principaux critiques du jeu entour le manque de nudité et d’espièglerie de Larry, qui ne couche avec aucune femme durant l’aventure, hormis à la toute fin. 

La critique sera plutôt bonne avec Leisure Suit Larry Goes Looking for Love, même si le jeu ne se vendra pas spécialement plus que le premier. 

Et encore un autre dans la foulée

Comme on n’arrête jamais les séries gagnantes, en 1989 c’est au tour de Leisure Suit Larry III: Passionate Patti in Pursuit of the Pulsating Pectorals, de faire parler de lui. C’est encore Al Love qui est aux commandes de ce titre à rallonge, même s’il prend la décision de retourner vers un contenu plus adulte. Pas de changement graphique notable non plus, puisque ce troisième épisode est développé sur le même moteur que son prédécesseur.

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Larry Laffer est marié depuis 5 ans avec la fille du chef, mais les lieux ont bien changé depuis la fin de Leisure Suit Larry Goes Looking for Love, puisque les îles tropicales ont été envahies par le tourisme et donc les entrepreneurs. Et comme il faut bien un début, Larry se fait larguer par sa femme, qui s’en va avec une autre femme. Il n’en faut donc pas plus à notre protagoniste pour ressortir son beau costume et donc revenir à sa vie antérieure. Mais alors qu’il est en plein divorce, Larry va rencontrer Patti, qu’on va d’ailleurs pouvoir contrôler de temps à autre durant l’aventure, mais les choses ne se passent pas super bien entre eux.

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Comme ce jeu contient un peu plus d’éléments coquins, comme pour le premier jeu Leisure Larry Suit, il est à nouveau nécessaire au démarrage du jeu de passer par une série de questions pour déterminer si on a l’âge requis pour y jouer. Sauf que cette fois les questions nous octroient un niveau, au premier niveau tout ce qui est à caractère sexuel est éclipsé des yeux du joueur, tandis qu’au cinquième il est possible de tout voir.

Mais où est Larry 4 ?

Leisure Suit Larry 5: Passionate Patti Does a Little Undercover Work est l’épisode qui suit directement le troisième. L’absence d’un numéro 4 est souvent expliqué par Al Lowe comme étant une blague en interne de l’équipe de développement, même si de temps en temps il est également fait mention d’un épisode multijoueur qui aurait été annulé en cours de route et donc, qu’on serait donc directement passé au cinquième volet.

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Sans être fondamentalement différent, ce cinquième opus marque quelques changements. Notamment la réduction de la difficulté, avec l’impossibilité de mourir et donc de perdre la partie. Une démarche courante pour l’époque, notamment pour essayer de rendre les jeux d’aventure plus accessibles et donc plus grand public. Il est également impossible de rester bloquer si on n’a pas ramassé un objet essentiel dans notre progression. Cette fois la plupart des objets sont grandement optionnels et servent surtout pour le gain de points dans le score. L’autre ajout et repris de Leisure Larry 3, c’est qu’on alterne de temps en temps entre Larry et Patti, afin de voir l’aventure par leur perspective.

Ironiquement l’absence d’un quatrième épisode est utilisée pour expliquer l’amnésie de Larry et l’oubli de ses aventures précédentes. La faute revient à Julius Biggs, qui aurait volé les disquettes disparues. Ce qui provoque que Larry travaille à présent dans l’industrie des films pour adultes chez PornProdCorp, qui est elle-même liée à la Mafia. Il est ainsi envoyé à travers les États-Unis pour trouver des femmes qui veulent bien participer à leurs vidéos.

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Dans le même temps, on joue également Patti, alors qu’elle est engagée par le FBI pour enquêter sur des sociétés qui mettraient des messages subliminaux dans leurs chansons. Tandis que PornProdCorp semble brasser pas mal d’argent pour faire taire ses concurrents.

Leisure Suit Larry 5: Passionate Patti Does a Little Undercover Work sort en septembre 1991 sur PC, avec des critiques relativement favorables. On sent qu’il commence tout de même à avoir une certaine lassitude du public pour le personnage, mais les changements au sein du jeu arrivent quand même à relancer l’intérêt des joueurs.

Car il en faut encore

Leisure Suit Larry 6: Shape Up or Slip Out! revient aux fondements de la série, avec un Larry qui ne pense encore une fois qu’à une seule chose, séduire des femmes. Pour d’obscures raisons scénaristiques, sa petite-amie Patti est absente et est seulement mentionnée brièvement. Larry en profite pour participer à une émission de rencontres, qu’il perd évidemment. Par le pur hasard il sera quand même convié à une croisière tout inclus au La Costa Lotta, un centre de spa. Malheureusement, les employés ne sont pas très contents de sa venue et lui font allègrement savoir, en lui donnant par exemple la pire chambre de l’établissement. Et c’est là que commence nos sessions de drague à travers le complexe, avec des femmes qui ne veulent rien savoir de notre pauvre Larry.

Rétrospective Leisure Suit Larry : des jeux un peu coquins

Encore une fois le jeu se vendra correctement au moment de sa sortie en 1993. On plébiscite surtout son humour un peu salace, même si encore une fois on sent que le public et la critique commencent à se lasser des aventures de Larry. Le manque de renouvellement et surtout la redondance commence à s’installer.

C’est ultime qu’on vous dit

Si vous n’avez jamais joué à un jeu Leisure Suit Larry, alors celui qu’il faut faire c’est incontestablement Leisure Suit Larry: Love for Sail!. En 1996 on ne se préoccupe pas vraiment de choquer le public et encore moins les fans, qui sont bien conscients dans quoi ils mettent les pieds. Surtout que la série est maintenant bien établie et qu’il a fallu attendre quelques années avant d’avoir un nouvel épisode. C’est pourquoi le jeu comporte bien plus de situations explicites et notamment, des scènes de nudités, même si parfois un peu cachées. Pour la blague dans la boite sera même vendu un carton avec des cases à gratter durant certains tableaux du jeu, qui font émerger une odeur en particulier, dans l’idée que le joueur puisse ressentir la même chose que Larry.

Love for Sail! est encore plus parodique que ses prédécesseurs. Larry perd encore une fois la femme de sa vie et se retrouve dans une croisière remplie de personnalités, comme Drew Barringmore, Dewmi Moore ou encore des incarnations de James Bond dans le casino du bateau. Il ne faut donc rien prendre au sérieux et c’est tant mieux, car le jeu regorge de clins d’oeil et d’humour. La preuve est que cette fois on doit participer à un concours dont le premier prix est de gagner une semaine de croisière supplémentaire, en séjournant dans la cabine de la capitaine, une blonde sulfureuse. Pour cela il faudra participer à divers jeux, afin de gagner un concours de satisfaction de la part des autres passagers. Bien entendu, Larry va essayer d’y parvenir en séduisant la plupart des femmes qu’il rencontre.

Pour ce dernier épisode avant un bon moment, Leisure Suit Larry: Love for Sail! ne s’est pas spécialement plus vendu que ses aînés. On parle de 280 000 exemplaires, ce qui le place tout juste au-dessus des autres épisodes. Il reste cependant le plus connu des joueurs, notamment car il est le plus accessible et même cela après plusieurs années, ce qui est largement moins le cas pour les premiers jeux de la série.

Leisure Suit Larry n’est pas une série qui a battu des records de ventes, mais qui possède quand même une aura particulière. Notamment pour les fans de jeux d’aventure, qui peuvent y trouver une atmosphère et une auto-dérision qu’on n’a pas forcément dans d’autres productions. Comme Space Quest ou King’s Quest, la série est devenue indissociable de l’apogée de Sierra et reste donc dans le coeur de beaucoup de joueurs. Malheureusement les suites de Leisure Suit Larry, notamment les épisodes en 3D faisant apparaître le neveu Larry ont grandement contribué à ringardiser le personnage, au point qu’on n’attend plus vraiment de nouveaux épisodes. Mais on peut quand même compter sur la sortie régulière de remake et autres remise au goût du jour des épisodes passés, pour renouer avec cette excellente saga.

Commentez cet article