L’histoire du Virtual Boy – partie 2 : présentation de la console et des jeux

Quand on parle de la Virtual Boy, il est souvent nécessaire de la présenter en premier lieu, car même si son nom est parfois connu des joueurs cela reste quand même un appareil assez mystérieux pour eux. La console est auréolée de beaucoup de rumeurs et d’aprioris et il est parfois difficile de démêler le vrai du faux.

Une présentation s’impose

Lorsqu’on pose nos yeux sur le Virtual Boy il est difficile de s’imaginer qu’il s’agit d’une console de jeu vidéo. Et pourtant c’est bien le cas, mais le moins aisé est de dire s’il est question d’une console portable ou de salon. Son apparence est directement héritée des aléas de développement de la machine, mais en gros l’engin est constitué de trois parties : le casque, la manette et le support. On pourrait donc imaginer qu’elle entre dans la case d’une console portable, surtout qu’elle porte le nom de Virtual Boy, ce qui la rapproche tout de suite la gamme des Game Boy.

Et de plus la console fonctionne avec 6 piles AA qui se logent dans un compartiment sous la manette, ce qui lui confère une autonomie de cinq à six heures. Il est donc vite primordial d’investir dans un câble d’alimentation, ce qui rend le Virtual Boy déjà un peu moins portable, mais ce qui coupe complètement l’herbe sous le pied à cette description c’est qu’il est nécessaire de poser le casque sur une table pour pouvoir l’utiliser.

Le Virtual Boy se pose de préférence sur un endroit stable, devant une chaise, afin que l’utilisateur puisse se pencher pour regarder dedans. L’objectif étant de bien caler son visage dans la visière du casque pour être complètement dans le noir. C’est ainsi que l’effet de la 3D prend toute son ampleur, grâce au caoutchouc noir de l’intérieur du casque qui ne reflète pas la lumière des LED. De cette manière la perspective de profondeur est encore plus amplifiée, car on ne voit pas les bords des écrans. Il est même possible de brancher un casque audio pour s’immerger encore plus dans le jeu.

Mais comment ça fonctionne le Virtual Boy ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Virtual Boy est une console 32-bits, mais il est vite facile de s’y méprendre avec son affichage monochrome. Car l’engin peut seulement afficher deux douleurs, le noir et quatre nuances de rouge sur une résolution de 384 x 224 pixels. Ce qui est au final assez peu, mais il ne faut cependant pas négliger la technologie qui permet d’engendrer cette fameuse 3D stéréoscopique. Car quand on se penche un peu dessus, elle se révèle très astucieuse.

En réalité les lunettes du Virtual Boy ne sont pas fixées devant deux petits écrans, mais en face de deux miroirs rotatifs. Et c’est là que se cache toute l’ingéniosité de la technologie inventée par Reflection Technology et exploitée par Nintendo. En faite ces miroirs tournent à une vitesse de 50 fois par seconde, pour refléter une ligne de 224 LED rouges. Le clignotement de la ligne de LED et l’oscillation rapide des miroirs donnent l’illusion qu’il y a 384 lignes de LED, alors qu’il y en a qu’une seule. Ce ce permet donc d’afficher l’image d’un jeu dans une résolution de 384 sur 224 pixels. Une technique qui réduit considérablement les coûts de production de la machine. Et pour donner l’effet de 3D, les miroirs sont simplement décalés et envoient donc une image légèrement différente à chaque oeil. C’est un peu le même procédé qui est employé dans les salles de cinéma quand vous mettez des lunettes 3D.

Un mélange atypique de technologie désuète, mais qui donne un résultat surprenant. Il est possible aujourd’hui de jouer à tous les jeux du Virtual Boy dans un émulateur, pourtant on passe quand même à côté d’une grande partie de l’intérêt de la machine. Cela demande un petit temps d’adaptation, cependant on est quand même vite séduit par la profondeur produite par certains jeux en superposant plusieurs couches d’éléments en 2D. Comme souvent la qualité des productions n’est pas toujours au plus haut, mais quelques titres arrivent quand même à nous offrir une belle utilisation de la 3D stéréoscopique.

Les jeux que tout le monde pouvait avoir

Quand Nintendo a décidé en 1995 de mettre fin à la commercialisation de la Virtual Boy, C’est plusieurs dizaines de jeux en productions qui sont tombés dans les oubliettes de l’histoire. Peu d’entre eux sont arrivés jusqu’à nous et évidemment, quelques-uns étaient parmi les plus prometteurs de la console. En même pas un an dans la vente, la Virtual Boy possède officiellement une ludothèque de seulement 22 jeux.

Mario’s Tennis

Comme plusieurs jeux de lancement, Mario’s Tennis est loin de représenter au mieux le potentiel du Virtual Boy. Le jeu est très court et manque cruellement de contenu. L’absence de personnage et le peu de tournois font qu’on en fait vite le tour. Le titre était vendu en duo avec la console en Amérique du Nord, mais il souffre quand même de plusieurs soucis de jouabilité. Il faut un certain temps avant de vraiment comprendre quand il faut frapper la balle, en plus d’avoir de flagrants soucis de profondeur. Ironiquement il s’agit du premier jeu de Tennis mettant en scène Mario, ainsi que du premier vrai jeu de sport du plombier.

Panic Bomber

La célèbre licence de Hudson Soft a aussi eu le droit à son épisode sur Virtual Boy, mais ce n’était pas forcément le jeu auquel on s’attendait. C’est un simple jeu de puzzle qui reprend le principe du match 3, tout en ayant la possibilité de gagner des bombes quand on fait disparaître plusieurs blocs à la fois. La 3D n’est quasiment pas exploitée et avec un seul mode de jeu et 11 adversaires à abattre, on en voit vite la fin. Il est quand même possible de se lancer dedans pour battre les quatre modes de difficultés, mais devant l’absence d’un mode multijoueur, le jeu reste assez décevant. Il faut pourtant savoir que la virtual Boy possède une entrée pour un câble qui permet de brancher deux consoles ensemble, pour du multi en local, mais qu’aucun jeu n’exploite cette fonctionnalité. Dommage.

Galactic Pinball

Un des jeux plus commun et connu du Virtual Boy est sans conteste Galactic Pinball. Sans surprise le jeu profite bien de l’effet de 3D, mais avec seulement quatre tables il n’y a pas de quoi s’amuser très longtemps. C’est en tout cas le sentiment qu’on peut avoir, mais en se laissant un peu entrainer dans le jeu on découvre quand même une certaine richesse dans son contenu. Il y a même un niveau reprenant le principe d’un shoot’em up au thème de Metroid. Sans être le meilleur jeu de la console, il n’en reste pas moins une belle surprise.

Red Alarm

Belle tentative que voilà de faire un jeu de shoot, un peu à la façon de Starfox, mais les limites du Virtual Boy ont clairement été un frein dans la réalisation du jeu. On entre véritablement dans un jeu en 3D, mais en l’absence de pouvoir mettre de la texture reconnaissable, on est constamment baigné dans des environnements en fil de fer. Le problème qui en résulte c’est qu’on ne sait jamais où on voit. Ce qu’on prend parfois pour un passage est souvent un mur qu’on ne peut évidemment pas traverser. La progression devient vite frustrante, en plus d’avoir seulement six niveaux et autant de boss qui sont loin d’être intéressants.

Teleroboxer

Un jeu de boxe futuriste. C’est cette simple description qui collerait le mieux à Teleroboxer. On y incarne un robot, de qui on ne voit que les poings, tandis qu’on doit les envoyer dans la figure de notre adversaire. Un peu à la manière d’un Punch Out, on va avancer en terrassant à la suite les 9 redoutables opposants qui se dressent devant nous. Le jeu utilise plusieurs couches de textures (parallax) pour donner une impression de 3D. Mais ce qui est vraiment surprenant c’est que chaque poing de notre personnage se contrôle indépendamment de l’autre, puisque chacun est assigné à une des croix de la manette. C’est amusant le temps d’une ou deux parties, mais malheureusement cela devient rapidement répétitif.

Golf

Que dire de plus hormis qu’il s’agit d’un jeu de Golf. La réalisation est plutôt sans qu’elle ne profite vraiment des possibilités techniques de la Virtual Boy. Le jeu nous plonge dans un parcours de 18 trous, avec les règles habituelles de ce sport. La jouabilité est très arcade avec des jauges de force, de vent, de vitesse ou encore un système pour taper la balle selon un certain angle. Ce n’est pas le meilleur jeu de la console, mais il est loin d’être mauvais. Faut juste être un amateur golf pour vraiment en profiter.

Virtual League Baseball

Un jeu de Baseball sans grande envergure dans lequel on peut choisir trois modes de jeux. Un match simple, un all-star et un semblant de tournois. Difficile de dire que le jeu est mauvais, mais il n’a pas grand-chose pour lui. Comme beaucoup d’autres productions sur Virtual Boy, on en fait rapidement le tour. C’est du Baseball.

Mario Clash

Sous ce nom se cache un portage remanié de la version arcade de Mario Bros. À ne pas confondre avec le jeu de plateforme Super Mario Bros. Pour passer d’un niveau à l’autre, il faut éliminer toutes les bestioles qui traînent dans chacun d’eux. La particularité de Mario Clash c’est que l’action se déroule sur deux plans et il faut régulièrement passer de l’un à l’autre. Le principe est très amusant, même si quelque peu répétitif sur la longueur. Surtout qu’il n’y a pas de moyen pour sauvegarder sa progression. Le jeu possède 99 niveaux, mais il est seulement possible de sélectionner les 50 premiers dès l’écran titre.

Virtual Boy Wario Land

Même si la concurrence est pas mal absente, Wario Land est souvent considéré comme le meilleur jeu de la console. Bien que très linéaire, il faut reconnaître que le titre ne manque clairement pas de qualité. Les phases de plateformes profitent encore une fois de deux plans, en passant constamment de l’un à l’autre. Notre personnage est dans une course à la fortune, durant laquelle on peut utiliser quatre casquettes qui nous donnent des pouvoirs. C’est un jeu classique, mais efficace et qui profite admirablement bien du rendu en 3D du Virtual Boy.

Vertical Force

Il faut croire que Hudson Soft croyait beaucoup au potentiel de la Virtual Boy, dans la mesure où ils ont édité deux jeux dessus. Vertical Force est un shoot’em up vertical assez classique dans lequel on doit détruire des vaisseaux ennemis au travers de 5 stages. La particularité c’est qu’on joue sur deux altitudes, une basse et une haute. On doit passer d’un plan à l’autre pour ramasser de bonus ou des armes, voire pour éviter des projectiles. Les boss doivent également être terrassés en alternant entre les deux hauteurs, afin de tirer sur leurs points faibles. Sans être extravagant, le jeu est surtout basé sur le score, mais il n’y a aucun moyen de les sauvegarder et l’aventure reste très courte.

Jack Bros.

Le soir d’Halloween, trois frères entrent dans le monde des humains pour s’amuser un peu, mais ils n’ont pas vu le temps passer et il ne leur reste que peu de temps pour revenir chez eux. Il faut donc traverser 10 mondes, de chaque fois 6 tableaux pour avoir une chance de rentrer sain et sauf. Jack Bros offre une belle rejouabilité puisque chacun des quatre personnages (trois frères et un personnage caché) a des capacités différentes. La structure des niveaux est faite de couloirs, dans une sorte de labyrinthe sur plusieurs plans. Chaque fois qu’on se fait toucher ou qu’on tomber dans un piège, on perd du temps au compteur. Le jeu manque peut-être un peu de variété, mais c’est compensé par une bonne durée de vie, en partie engendrée par la présence de plusieurs personnages à jouer. La réalisation est relativement bonne et en plus la musique est bonne, ce qui est loin d’être gagné avec les limitations sonores de la Virtual Boy.

Les exclusivités Nord-Américaines du Virtual Boy

3D Tetris

Est-il vraiment nécessaire de présenter Tetris ? Le célèbre puzzle-game est apparu dans une version assez classique sur Virtual Boy. Sans être mauvais, le jeu ne réinvente pas la roue et profite tout juste de l’effet 3D de la console pour proposer des pièces en volume ou avec une ombre pour indiquer leur position sur le terrain. 3D Tetris possède trois modes différents, le premier propose une jouabilité classique où il faut éliminer des lignes de blocs. Dans “Center Filled” il est nécessaire de poser les formes géométriques de manière symétrique pour gagner des points. Et dans “Puzzle Game” il faut reproduire la forme des structures qui nous sont demandées.

Waterworld

Comment ne pas être dubitatif devant un jeu pareil. Dans Waterworld il est juste question d’une jouabilité similaire à un shoot’em up, dans lequel on dirige un trimaran sur la mer. On se promène en essayant de trouver les ennemis sur lesquels on doit tirer pour qu’il ne puisse pas rejoindre la côte. La réalisation est d’une laideur incroyable et on passe plus de temps à essayer de comprendre ce qu’on attend de nous, plutôt que d’y jouer. Le pire jeu de la Virtual Boy.

Nester’s Funky Bowling

Un jeu de Bowling où on dirige Nester et Hester, deux mascottes des bandes dessinées du Nintendo Power. La réalisation est correcte sans être transcendant et le jeu offre trois modes de jeu. La particularité c’est qu’il est possible d’y jouer à deux joueurs en alternance. Ce qui en fait un des seuls jeux multijoueurs de la Virtual Boy. La jouabilité est assez technique et se base sur deux jauges de puissance qu’il faut maîtriser à la perfection pour réussir son tir.

Les exclusivités japonaises du Virtual Boy

Virtual Fishing

Un jeu de pêche tout en japonais. On lance notre ligne dans l’eau en essayant d’attraper des petits poissons. Rien de bien sensationnel pour un jeu qui l’est encore moins. Pas besoin de vous dire que la jouabilité est loin d’être passionnante.

Space Squash

Un jeu où on incarne un robot qui aime jouer au squash. Aussi surprenant que cela puisse paraître c’est un principe plutôt amusant. L’effet de profondeur est bien retranscrit et on s’acharne avec plaisir à essayer d’avancer dans la campagne. Sur un total de 15 tableaux, on doit en traverser quatre pour se rendre jusqu’à un boss plus coriace. Le concept est vraiment simple et addictif, au point qu’on a plus envie de s’arrêter après avoir commencé de jouer.

Innsmouth no Yakata

Sous ce nom se cache le seul jeu à la première personne de la console et pour le coup, c’est même un titre avec un peu d’horreur. Le principe est de traverser le plus vite possible les pièces d’un manoir, en évitant ou en tuant les monstres qui nous barrent le chemin. Selon notre temps de fin, il est possible de débloquer une des quatre fins. Innsmouth no Yakata est un jeu qui manque de peaufinage et qui paraît relativement vide. On en voit vite le bout et on a rarement envie de faire une deuxième partie.

V-Tetris

Il faut croire que la console avait besoin de deux jeux Tetris. Encore plus classique que 3D Tetris, V-Tetris possède trois modes différents. Le premier est un Tetris normal avec des pièces qui s’accumulent de plus en plus vite, dans le mode B c’est la même chose, mais avec des blocs déjà présents sur le terrain et qu’il faut éliminer. Le mode C est un peu plus original, avec un terrain en forme de cylindre qu’on doit faire pivoter. Les lignes qu’on détruit apparaissent de l’autre côté, ce qui fait qu’on joue tout le temps contre la montre pour en enlever le plus possible.

Space Invaders Virtual Collection

Vous connaissez sûrement Space Invaders, ce monstre de l’arcade développé par Taito. Ici, pas de grande surprise, car il est à nouveau question de détruire des petits extraterrestres qui tentent d’envahir notre monde. Le jeu porte un peu mal son nom, car il n’y a pas vraiment de collection, mais seulement trois modes différents. Une version originale du jeu en 2D, un autre en 3D et un mode challenge où il faut faire le meilleur score. Un peu surprenant du jeu c’est qu’il n’y a aucune musique.

Virtual Lab

Dans la courte liste des jeux les plus bizarres et mauvais de la machine, il est facile d’y introduire Virtual Lab. C’est un jeu de puzzles un peu étrange à décrire, dans lequel on doit créer des tubes avec les organismes qui tombent du haut de l’écran. Et pour couronner le tout, leur forme change continuellement ce qui fait qu’on doit constamment faire attention. La réalisation est sommaire et l’utilisation de la 3D est aux abonnés absents.

Virtual Bowling

Sans que cela soit étonnant, c’est un jeu de bowling. Tellement classique qu’il n’y a pratiquement rien à en dire. À l’écran-titre, on choisit entre le mode standard, tournoi ou l’entraînement. Ensuite on part lancer notre boule contre les quilles. Virtual Bowling est relativement correct, mais pas besoin de vous dire qu’on n’y passe pas de longue soirée d’Hiver.

SD Gundam Dimension War

Le jeu de Bandai est le seul titre qui sort un peu du lot sur Virtual Boy. Il est question d’un jeu tactique sur plateau, dans lequel on déplace nos pions afin de contrer l’équipe adverse. L’avantage est qu’on peut enregistrer notre partie à tout moment. Quand deux pions se rencontrent, on passe alors dans une phase d’action de tir, avec deux robots Gundam qui s’affrontent. Ce n’est clairement pas le meilleur jeu de la console, mais il a au moins le mérite d’être original à défaut de faire mieux.

Une console à oublier ?

En se penchant sur l’histoire du Virtual Boy, il devient parfois évident que les alertes sonnant son échec s’accumulaient tout au long de son développement. Probablement qu’avec un peu plus de temps, le résultat aurait pu être convaincant, mais on ne le saura jamais. Avec 770 000 ventes en un an de commercialisation et une ludothèque de seulement 22 jeux, pas besoin d’une grosse analyse pour déterminer que peu de personnes et éditeurs ont cru au succès de cette console. Il nous reste juste une curiosité, une console peut-être incomprise, mais qui dans les faits possède une histoire presque plus intéressante que l’objet en soi. Une suite d’événements qui ont donné lieu à une console de jeu qui dans d’autres circonstances n’aurait sûrement jamais vu le jour.

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