L’histoire de Konami – partie 2 (1990-2016) : la chute est toute proche

L’histoire de Konami est plutôt sinueuse, tout en étant parsemée de décisions qui n’ont pas toujours été en faveur des joueurs. Cela s’est directement impacté sur la réputation de la société, qui est souvent reconnue pour avoir surexploité ses licences. Mais en dehors de ça, il faut dire que Konami a réussi à s’imposer en moins de deux décennies dans une industrie qui était encore en train de chercher ses marques.

En route pour la gloire

Le début des années 90 marque la sortie d’une nouvelle génération de console 16-bits. Avec un tout nouveau public, qui n’attend qu’une seule chose : être impressionné. Et avec la PC-Engine, la Genesis et surtout la Super Nintendo, il y avait de quoi faire. C’est donc sans surprise que Konami décide de mettre les rivalités de côté en éditant également leurs jeux sur les machines concurrentes de Nintendo.

Pourtant c’est sur Super Famicom que Konami va marquer un grand coup, avec la sortie en 1991 de Super Castlevania IV. Un jeu qui est pour beaucoup de fans considéré comme un des meilleurs titres de la série. Il faut dire qu’il y a de quoi, puisque le jeu profite entièrement des capacités de la nouvelle console de salon de Nintendo. Avec la mise en avant de l’utilisation du fouet, son ambiance gothique et ses graphismes très soignés, Castlevania IV se fera rapidement une place parmi les meilleurs jeux de la Super Nintendo.

L’année est vraiment maigre pour Konami si on se tourne un peu sur leurs sorties en arcade. Il faut cependant en citer deux qui ont connu un certain succès, qui sont Sunset Riders et The Simpsons. Ce dernier est un beat’em up tiré du dessin animé éponyme et l’autre est un run’n gun dans un univers western. Malgré leur qualité, ces deux jeux n’ont pas de grande particularité hormis le fait qu’ils peuvent être joués à quatre joueurs en simultané.

Un fait qu’on pourra aussi émettre pour Teenage Mutant Ninja Turtles : Turtles in Time. Un nouvel épisode des tortues ninja en arcade, mais qui se focalise cette fois sur les voyages dans le temps. Mais Konami ne délaisse pas la NES et encore moins la GameBoy dont les ventes battent encore des records, avec l’arrivée d’une tripotée de jeux. On dénombre plusieurs sorties dont les plus intéressantes sont Castlevania II : Belmont’s Revenge, Monsters in my Pocket ou encore Tiny Toons Adventures. Une licence fraîchement acquise et que Konami va allègrement exploiter durant les années qui suivront.

La maîtrise d’un nouveau filon

Comme on avait déjà pour le remarquer, Konami est un éditeur qui aime bien tourner ses séries dans tous les sens, en sortant le plus possible de portages ou de suite de leurs jeux. Mais le début des années 90 marque aussi l’arrivée dans leur catalogue d’un grand nombre de licences de dessins animés, de films ou de bande dessinées.

C’est pourquoi en 1992, tandis qu’ils convertissent encore une fois leurs jeux d’arcade sur console, avec Turtle in Times sur Super Nintendo, ils en profitent pour sortir des jeux comme Top Gun : Guts and Glory sur GameBoy, Batman Returns sur NES ou encore Tiny Toons : Buster’s Hidden Treasure sur Genesis. Cette année marquera aussi le départ de Masato Maegawa, ainsi que plusieurs autres employés de Konami qui iront fonder Treasure : un studio de développement qui sera derrière un bon nombre de jeux, comme Mischief Makers, Wario World, Ikaruga ou Sin and Punishment.

S’en suivra une période d’enlisement pour la société qui ne sortira que des jeux sans grandes innovations. En arcade, les titres s’enchaînent sans grande ambition et sur consoles ce n’est guère mieux, même si on note le portage de Lethal Enforcers et Sunset Riders sur Super Nintendo. Ainsi que la sortie de Zombies Ate my Neighbours, un jeu développé par LucasArts et où il faut sauver ses voisins d’une invasion de zombies.

C’est un passage un peu moins glorieux de Konami qui va poursuivre dans la facilité, en produisant un paquet de portages d’arcade sur console, en plus de profiter de sortir des jeux sur la 16-bits de SEGA, qui commence un peu à faire parler d’elle. On y retrouve ainsi encore des exploitations de licences, avec Tiny Toons ACME All-star, Animaniacs ou des séries maisons comme Lethal Enforcers 2 ou Contra Hard Cops.

Il faut souligner que même si Konami manque clairement d’inspiration, ils arrivent quand même à produire de temps en temps quelques perles. Comme Dracula X: Rondo of Blood sur NEC ou encore, Castlevania: Bloodlines sur Genesis. Mais le plus intéressant reste Rocket Knight Adventures sur la 16-bits de SEGA. On y dirige un opossum en armure qui se déplace avec un réacteur dans le dos. Difficile de faire plus original, en plus d’être un jeu de plateformes dynamique et proposant une jouabilité assez nerveuse.

La génération des adolescents

1995 est vraiment une année de transition pour Konami, qui commence doucement à délaisser les consoles de Nintendo pour se tourner vers la machine du moment, la Playstation. Il faut dire que la Nintendo 64 et ses restrictions ne donnent pas très envie à l’éditeur de s’y attarder, qui préfère se refaire une santé en visant un tout nouveau marché. La console de Sony vise clairement un nouveau public, plus mature et donc plus tournée vers les jeunes adultes, en témoigne l’affolante promotion et publicité qui vont dans ce sens.

Mais développer des jeux cela prend du temps, donc pendant qu’ils développent leurs jeux sur les consoles 32-bits, l’éditeur en profite pour combler quelques dates de sorties sur bornes d’arcade avec Tokimeki Memorial Parodius et Twinbee Yahoo!. Tandis que sur console on note l’apparition de quelques jeux comme The Adventures of Batman and Robin, Sparkster sur Super Nintendo, voire Animaniacs sur GameBoy.

Les années suivantes seront en dent de scie pour Konami, qui essaye surtout d’occuper le terrain avec des jeux de sports, notamment en arcade. Même si on note la venue de Suikoden sur Playstation. Une série qui deviendra longtemps exclusive à Sony et qui se présente comme un solide RPG teinté de stratégie dans lequel on peut recruter jusqu’à une centaine de héros. Il sera suivi de Vandal Hearts, un jeu de rôle tactique un peu moins connu, mais qui possède tout autant son lot de fans.

Bien qu’ayant déjà tâté de la 3D en arcade, Konami propose ses premiers jeux en 3D sur consoles de salon. C’est la sortie de Castlevania 64 sur Nintendo 64 qui va être une de ses premières incursions dans la genre, un jeu d’aventure plus ou moins correct. Mais sans surprise c’est surtout l’arrivée de Metal Gear Solid sur Playstation qui propulse Konami dans la liste des plus gros éditeurs du moment. On se souviendra longtemps de ce mastodonte du jeu d’infiltration. L’aventure de Solid Snake imaginée par Hideo Kojma montre tout de suite le potentiel 3D de la machine en plus des ambitions cinématographiques de son créateur.

Fort de ce succès, Konami se concentre de plus en plus vers la Playstation, tandis que la Nintendo 64 reçoit surtout des jeux sans grandes saveurs, qui souvent des suites à ces licences phares. Comme Mystical Ninja ou International Super Star Soccer, ce qui prive la machine d’un vrai hit provenant des équipes de l’éditeur.

C’est vraiment sur Playstation que tout se joue avec des RPG comme Azure Dreams, un « Pokémon » avant l’heure où un jeune héros tente de comprendre ce qui est arrivé à son père,en récoltant des oeufs de monstres dans une tour proche de son village. Mais c’est Castlevania : Symphony Of The Night qui va faire le plus de bruit, en devenant vite un des épisodes préférés des fans.

Konami est sur une lancée et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Des jeux comme Dance Dance Revolution, Drum Mania ou Pop’n Music dominent le marché de l’arcade et place la société dans les bonnes grâces des joueurs qui y voient un retour en force de l’éditeur, qui en profite au passage pour rafler les droits d’exploitation de Yu-Gi-Oh! en jeu vidéo, mais qui distribue aussi un autre de ses hits sur Playstation en 1999 : Silent Hill. Au contraire de Resident Evil qui est plus porté vers l’action et les énigmes, Silent Hill met le joueur dans un univers plus fantasmé avec des sujets plus matures et jouant beaucoup plus avec les angoisses du joueur.

Y avait aucun bogue dans la matrice

Au début des années 2000, Konami voit en grand. La société est entrée dans la bourse de Londres et Singapour à la fin des années 90 et a même ouvert un centre de formation pour le jeu vidéo. Ils fondent également Konami Software Shanghai, afin de trouver un nouveau filon de développeurs, mais surtout pour descendre le coût de leurs jeux qui deviennent de plus en plus chers à produire. Ils vont jusqu’à sortir un chèque de 40 millions de dollars en août 2001 pour acheter 38% des actions de Hudson Soft. L’objectif étant de grappiller leur savoir-faire et de s’assurer d’avoir sous la main des équipes pour développer leurs jeux.

Des choix qui semblent porter leurs fruits, avec une société qui a les reins de plus en plus solides et des bénéfices qui ne font que progresser d’année en année. Metal Gear Solid 2: Sons of Liberty et Silent Hill 2 sur Playstation 2 et Xbox sont dans le top des ventes et les joueurs en redemandent. Au point que Hideo Kojima devient une star chez Konami et il peut complètement se lâcher avec Metal Gear Solid 3: Snake Eater en 2004, même si le jeu sera parfois décrié pour ses trop longues phases de cinématiques.

Malheureusement, chassez le naturel et il revient au galop. Konami n’a pas appris grand-chose de ses erreurs et le recyclage de ses licences reprend de plus belle. Alors que des jeux comme Castlevania : Harmony of Dissonance sur GameBoy Advance peuvent encore être satisfaisants, la firme ne cesse de sortir des jeux de sports sous son label ESPN, tout en exploitant jusqu’à la moelle sa licence Disney Sports sur GameCube. (Basketball, Football, Skate, Soccer,…) Et la Xbox et la PS2 vont accueillir un nombre affligeant de jeux de danse DDR avec tapis.

Il n’y a guère que Silent Hill 3 qui rehausse un peu la barre en 2003, qui est toujours aussi bon et effrayant. Même si on peut lui reprocher de ne rien proposer de très neuf. Une tendance qui va progressivement s’installer dans les jeux de Konami.

C’est la fin des haricots

Silent Hill 4 sort en 2004, tout juste un an après le précédent épisode et n’arrive pas à marquer les joueurs. La formule est toujours la même et les fans ont le sentiment d’un jeu resté bloqué dans le passé. En arcade, ce n’est pas non plus la joie, avec des suites à Drum Mania et Pop’n Music, en parallèle des sorties consoles de plusieurs jeux Teenage Mutant Ninja Turtles ou encore de Yu-Gi-Ho!. Plusieurs de ces jeux ne sont pas mauvais et sont honnêtes dans l’ensemble, mais l’auréole de Konami commence doucement à se ternir. Les joueurs veulent se laisser surprendre et quitte à miser tout le temps sur les sempiternelles mêmes licences, ils veulent qu’on y incorpore de la nouveauté.

Probablement conscient du souci, la société finit par acheter 54% des actions de Hudson Soft, ce qui fait du studio une filiale officielle de Konami. Tout en créant dans la même période une filiale du nom de Kojima Productions avec bien entendu Hideo Kojima à sa tête. L’idée étant de capitaliser le plus possible sur la série Metal Gear. Ce qui ne manquera pas avec Metal Gear Solid 3: Subsistence et Metal Gear Acid 2. Pour Metal Gear Solid 4, il faudra encore attendre un peu. Ils poursuivront un peu plus tard avec Metal Gear Solid: Portable Ops sur PSP, qui aura une réception tout aussi tiède.

Au milieu des rééditions, compilations et autres suites à licences Frogger ou Tortues Ninja, on a quand même le droit à quelques lueurs d’espoir comme Castlevania: Dawn of Sorrow sur Nintendo DS. Mais alors qu’on pensait la série revenue du mieux de sa sa forme, il faut faire face avec Castlevania : Curse of Darkness sur Xbox et PS2 qui est loin d’être satisfaisant.

La chute est encore plus terrible

En 2012, Konami tente de se refaire une santé en finissant d’absorber complètement Hudson Soft et donc en prenant au passage les séries cultes de l’ancien géant japonais. Bomberman et Adventure Island et plein d’autres licences rejoignent le catalogue de Konami. Qui un peu par désespoir pour les joueurs, n’en fera pas grand-chose. Au mieux l’éditeur tablera sur des suites sans peu d’intérêt ou dans des compilations qui sont loin d’être à la hauteur.

Avec plusieurs de ses licences en perdition, le premier couperet tombera avec la démo de P.T, la démo jouable de Silent Hills, qui devait marquer le retour triomphal de la série horrifique, mais qui au final fut annulé et retiré du Playstation Network. Le nom de Kojima y était associé, ainsi que celui de Guillermo Del Toro. De quoi affûter l’envie des fans, qui ont très mal pris l’annulation du projet.

C’est à partir de ce moment-là qu’on commence à entendre des bruits de couloirs sur les ennuis entre Hideo Kojima et Konami. Et en plein développement de Metal Gear Solid V, c’est le drame avec l’annonce du départ de Kojima. Le jeu sort un peu en catastrophe en 2015 et laisse un goût amer aux fans qui y voient un jeu pas terminé. C’est cette même année, histoire de réparer un peu les pots cassés, que Konami décide de se retirer de la bourse de New York et d’annoncer que la société va se focaliser sur le marché des jeux mobile.

Les langues commencent à se délier et on entend par-ci par-là des employés de Konami qui grognent de plus en plus fort. Ils accusent la société de mettre en place des conditions de travail intolérables. En plus de mépriser le fonctionnement de leurs équipes, la société aurait mis en plus divers dispositifs pour espionner leurs employés, limitant leur accès à l’extérieur des bâtiments, tout en surveillant leurs échanges par messagerie.

De nos jours, Konami n’est plus que l’ombre de lui-même et il est loin le temps où la simple énumération du nom d’une de leur licence faisait frémir le coeur des joueurs. Il est facile de dire que Konami est tombé dans la course aux actionnaires et à l’argent, mais il faut peut-être se faire une raison en se disant qu’il vaut mieux se satisfaire de ce que la société a produite, plutôt que d’attendre un éventuel retour en force.

Commentez cet article