L’histoire de Konami – partie 1 (1969-1990) : le lancement d’un géant du jeu vidéo

Si on doit dresser la liste des éditeurs historiques dans le jeu vidéo, Konami en fait irrémédiablement partie. Un nom indissociable de licences qui ont fait la joie des joueurs d’arcade, mais aussi des consoles. Mais avant d’en arriver là il fallait bien commencer par quelque part et c’est justement ce que nous allons découvrir au fil des prochains paragraphes.

Un départ en chanson

C’est au Japon en 1969 à Osaka qu’on situe la fondation de Konami par Kagemasa Kozuki, même si elle n’en portait pas encore le nom. L’entreprise était spécialisée dans la réparation et la location de Jukebox. C’est en 1973 qu’elle prend le nom de Konami Industry Co. LTd. lorsque Kozuki s’associe avec Yoshinobu Nakama, Hiro Matsuda et Shokichi Ishihara. Le nom Konami est d’ailleurs une contraction des premières lettres de leur nom de famille. Ils décident que la société doit se diriger vers la fabrication de machines d’arcade. Un marché en plein essor à ce moment-là. Mais pas de quoi s’extasier pour le moment, car comme beaucoup de fabricants de cette période, leurs bornes se résument à des clones de jeux existants, comme Astro Invaders en 1979.

Il faudra attendre 1980 avec Scramble, pour que Konami commence à faire parler de lui en tant que développeur. Il s’agit d’un shoot’em up horizontal plutôt rudimentaire, mais néanmoins dynamique. Cela va d’ailleurs amener à Super Cobra en 1981, avec une jouabilité similaire à Scramble, mais avec un hélicoptère. Les yeux avertis peuvent d’ailleurs y déceler des ressemblances qui vont fortement inspirer la série des Gradius.

Malgré ces quelques succès en arcade, Konami est encore très dépendant des autres éditeurs pour sortir leurs jeux. Comme en 1981 avec Frogger qui est distribué par SEGA et qui nous met dans la peau de petites grenouilles qui doivent traverser une route, puis une rivière parsemées d’obstacles afin d’être en sécurité. Avec ce principe tout simple, Konami connaîtra son premier gros succès, notamment en Amérique du Nord. C’est ainsi que Konami of America est créé en 1982, puis Konami Limited en Grande-Bretagne en 1984. Ces deux filiales leur permettront d’éditer et distribuer eux-mêmes leurs jeux.

La frénésie autour de Frogger fera en sorte que SEGA publiera par la suite plusieurs dérivés et clones du jeu sur diverses consoles. Le contrat d’édition entre Konami et SEGA pour cette licence était assez flou en ce qui concerne les droits d’exploitation. Le résultat c’est que dans l’esprit des joueurs, Frogger est resté très longtemps associé avec SEGA. Mais cela n’a pas empêché un peu plus tard que Konami intente un procès contre la version Game Gear de Frogger. Ce qui a laissé un froid durant quelques années entre SEGA et Konami, ce qui explique en partie pourquoi les jeux de ce dernier se retrouvent surtout sur des consoles Nintendo.

On diversifie les activités de la firme

Au début des années 80, Konami n’en finit plus d’enchaîner les jeux en arcade. On pense par exemple à Time Pilot, un dérivé d’Asteroids, ou Encore Tutankham et Rock’n Rope, ainsi que le célèbre Hyper Olympics: un jeu connu en Amérique du Nord sous le nom Track & Field, un changement de nom issu des suites du boycottage des jeux de Moscou en 1980 par les États-Unis, car il fallait bien vendre le jeu dans ce territoire.

C’est durant ses premières années d’exploitation qu’on commence à voir les directions que Konami compte prendre avec ses jeux et qui vont perdurer durant les années suivantes, en s’ouvrant petit à petit à un marché plus grand public. Bien que Konami n’est jamais vraiment rogné avec ses origines en arcade, la société s’est vite tournée vers un secteur plus profitable et qui était encore tout jeune, celui des micro-ordinateurs puis des consoles de salon.

Les premiers jeux vont voir le jour sur MSX, un micro-ordinateur qui fait pas mal parler de lui durant à cette époque au Japon et en Europe. Konami va ainsi en profiter pour y distribuer des portages de plusieurs de leurs jeux d’arcade. On aura notamment Circus Charlie, Time Pilot 84 ou encore Miki et Pandora’s Palace.

Mais c’est en 1985 que Konami prend une nouvelle direction, en se rapprochant de Nintendo, pour bien entendu éditer leurs jeux sur la Super Famicom et donc forcément sur la NES dans le reste du monde. Une console au succès retentissant et sur laquelle il était primordial de se faire un nom en tant qu’éditeur. Et c’est avec Yie Ar Kung Fu qu’ils vont ouvrir le bal. Il s’agit d’un jeu d’arts martiaux dans lequel le joueur doit traverser différents dojos, en éliminant chaque maître. Cette production se démarque surtout de la concurrence en offrant aux utilisateurs la possibilité d’un large panel de coups, alors que les autres jeux de kung-fu étaient jusqu’alors limités.

Sans surprise, l’éditeur profitera de sa bonne entente avec Nintendo pour éditer sur NES des portages de leurs jeux ayant connu un certain succès en arcade. Sans vraiment s’en rendre compte, les équipes de Konami vont être très productives durant ces années-là et vont ouvrir la voie à de nombreuses catégories de jeux.

Comme ce fut le cas en 1985 avec Green Beret, aussi connu sous le nom de Rush’n Attack en dehors de l’Europe et de l’Asie. Un jeu qui va populariser le genre du run and gun, et qu’on désignera plus tard comme étant du Contra-like. Des jeux de plateformes dans lequel on dirige un personnage, souvent un robot ou un militaire, qui avance avec son arme tout en tirant sur les ennemis qui viennent de toute part. Green Beret est assez connu pour son haut de niveau de difficulté, ce qui ne l’empêchera pas d’être bien reçu au moment de sa sortie, bénéficiant au passage de plusieurs portages, sur Atari 800, Amstrad CPC, Commodore 64 ou encore ZX Spectrum, pour ne citer qu’une partie d’entre eux.

Un éditeur qui ne manque pas d’originalité

Durant les années qui suivront, Konami a édité et développé tellement de jeux qu’il est quasiment impossible de tous vous les lister. Mais s’il faut en retenir quelques-uns, le titre de Gradius est parmi ceux qui se font le plus remarquer. Connu sur NES avec le nom NEMESIS, l’éditeur avait déjà oeuvré dans le genre du shoot’em up par le passé, mais ils font avec ce jeu un grand pas en avant. Au point d’instaurer un standard qui restera longtemps en place. La variété, c’est ce qui désigne le mieux Gradius. Avec son système d’armes évolutives, le thème de ses niveaux qui change constamment et ses graphismes ont de quoi le propulser très haut dans l’estime des joueurs.

C’est d’ailleurs cette même année-là, qu’un certain Hideo Kojima est embauché et travaillera sur Penguin Adventure, la suite de Antarctic Adventure sur NES en 1984, uniquement au Japon.

Un nom qui deviendra vite indissociable d’une célèbre série de Konami, mais avant d’en arriver là, l’éditeur marquera un grand coup sur Famicom Disk en sortant Akumajō Dracula, ce qui deviendra une autre de ses séries phares : Castlevania. Un jeu dans lequel on incarne Simon Belmont, tandis qu’il part combattre Dracula dans son propre château. Le jeu connaîtra un énorme succès, en particulier en 1987 et 1988 lors de sa sortie aux États-Unis et en Europe.

Fait amusant, Akumajō Dracula est le nom original du premier jeu sur Famicom Disk en 1986, mais une version MSX2 était en développement durant la même période et est sorti avec le nom Vampire Killer, plusieurs mois avant la sortie du jeu Castlevania sur NES en Occident. Cette version MSX2 restera donc exclusive à cette machine, ce qui en fera une version alternative de l’aventure de Simon Belmont. Et c’est seulement en 1993 qu’une version cartouche du jeu original sur Famicom Disk sortira au Japon sous le nom Castlevania.

Castlevania est le jeu qui va propulser Konami sur NES, qui va finir par sortir successivement une grande partie de leurs jeux sur cette console. En 1987, on pourra ainsi jouer à plusieurs jeux d’arcade comme Track & Field, Contra, ou encore des essais de jeux à licence comme The Goonies II et Top Gun.

Metal Gear sort en 1987 sur MSX2, créé par Hideo Kojima alors qu’il travaillait pour l’équipe destinée à développer des jeux sur MSX. Dû aux limitations techniques de la machine, il fut décidé d’incorporer la notion d’infiltration dans ce qui devait être un jeu d’action militaire. Un choix qui va instaurer la fonction du mode alerte et qui sera vite indissociable de la série. Ce ne fut pas un grand succès, mais Metal Gear fera quand même un peu parler de lui. La version NES du jeu sortira quelques mois plus tard, mais ne sera pas supervisée par Hideo Kojima et sa réception auprès de la presse sera assez mauvaise.

Une nouvelle tournure pour la société

1988 signe l’année où Konami entre en bourse, ce qui a fait pas mal de bruit à ce moment-là. Malheureusement, cela marque aussi le début d’une période où les dirigeants de la société prendront de moins en moins de risques sur le développement de jeux, en sortant surtout des suites à leurs licences ayant eu un bon accueil. Cela se démontre aussi par la création de deux filiales : Ultra Software aux États-Unis et Palcom Software en Europe. Ces sociétés serviront surtout à Konami pour passer outre la restriction de Nintendo, qui interdisait aux éditeurs de vendre plus de 5 jeux par an sur NES.

On voit l’arrivé de Parodius, un shoot’em up parodique de Gradius, mais aussi Simon’s Quest, Gradius 2, Skate or Die, Blades of Steel, Super Contra ou encore Life Force. La firme développe quelques jeux originaux, mais elle va surtout exploiter ses licences connues. Des jeux arcade continueront à sortir, ainsi que sur micro-ordinateur, un marché que Konami exploite en sous-traitant ses jeux chez d’autres éditeurs. Mais puisque toujours en froid avec SEGA, c’est surtout sur NES que la société se concentre.

En 1989, Konami marque un grand coup dans le monde de l’arcade en achetant la licence d’exploitation pour The Teenage Mutant Ninja Turtles. Appuyé par l’arrivée du dessin animé et par les films quelques années après, c’est un tsunami qui s’opère autour des tortues aux bandanas. The Teenage Mutant Ninja Turtles en arcade est un succès immense, ainsi que son portage sur NES. Konami détiendra la licence jusqu’en 2006, avec pas loin d’une vingtaine de jeux à leur actif.

Toujours avide d’un marché juteux, c’est la même année qu’on voit débarquer des jeux Konami sur GameBoy. Pas de quoi s’extasier, mais des jeux comme Castlevania: The Adventure, Castlevania : Belmont’s Revenge et Motocross Madness seront des titres plus qu’acceptables pour la petite portable de Nintendo.

De plus en plus timide

Ce qu’on peut dire c’est que 1990 est une année très creuse pour Konami, qui délaisse pas mal l’arcade et sort peu de jeux sur d’autres machines. Il faut dire que c’est une époque de transition pour le marché des consoles, mais cela ne les empêchera pas de sortir TMNT : The Game ou encore Castlevania 3 sur NES. Il ne faut pourtant pas oublier Snake’s Revenge sur sur la même console, qui est en faite un spin-off de la série, dans la mesure ou la vraie suite Metal Gear 2: Solid Snake est sortie exclusivement sur MSX2 au Japon. Il faudra attendre jusqu’en 2006 avec Metal Gear Solid 3: Subsistence sur PlayStation 2, pour avoir une version jouable en français de ce jeu.

Après plus de deux décennies d’existence, Konami a su s’installer comme un acteur majeur de l’industrie du jeu vidéo avec des licences qui ont marqué les joueurs. Et même s’ils ont un peu laissé de côté le marché de l’arcade, la société a quand même réussi à se faire une place dans celui des consoles de salon. Au point que leurs jeux sont vite devenus des incontournables, mais il faut aussi dire qu’à trop forcer sur la facilité des suites, Konami risque aussi de vite y perdre quelques plumes.

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