High Score : un documentaire pour faire découvrir le jeu vidéo

Contrairement à ce que pourrait penser le grand public, le jeu vidéo est un média riche d’histoire et surtout de personnes qui ont contribué à le rendre populaire. Alors quand Netflix, le géant du streaming, annonce High Score : L’Âge d’or du Gaming un documentaire qui veut mettre en avant le jeu vidéo, cela ne peut qu’attiser notre curiosité.

Crédit images : Great Big Story/Netflix

Le doute était permis

Lorsqu’on a grandi avec le jeu vidéo depuis les années 80 et 90, il est aisé de comprendre que celui-ci n’a pas toujours eu bonne presse. Notamment dans les médias généralistes qui ont toujours été véhéments envers ce loisir qui accapare apparemment le temps de cerveau des enfants. Les préjugés vont bon train et cela perdure même encore plusieurs décennies après. Les polémiques autour de la violence du jeu vidéo et son influence sur la jeunesse sont fréquemment au centre de l’attention. En particulier quand ils sont véhiculés par une presse peu encline à faire des recherches sérieuses et qui n’y voit qu’un sujet facile à traiter, afin de faire du clic ou prendre plus de part d’audience.

Heureusement même si du chemin est encore à faire, cela a tendance à s’amenuiser avec le temps. L’amalgame voulant que le jeu vidéo ce soit seulement pour les enfants s’estompe au passage de générations, avec des parents qui ont eux-mêmes grandi avec ce loisir dans leur foyer et qui n’hésitent pas à le partager avec leur progéniture. Et c’est au travers de ce genre de phénomène et de changement de penser qu’on voit des médias comme Netflix s’intéresser de plus en plus au jeu vidéo. Il y a évidemment des fondements mercantiles, comme adapter des jeux populaires en série, mais il y a aussi une envie de diversification et de changer la vision que les gens peuvent avoir du jeu vidéo.

C’est dans cette case que se range le documentaire High Score : L’Âge d’or du Gaming. Par contre, parler du jeu vidéo c’est un sujet qui est vaste et il est difficile d’aborder sérieusement son histoire sans perdre complètement l’auditeur dans une foule d’informations. Dans ce sens dès le premier épisode on débute avec des jeux comme Space Invaders ou Pac-Man. Pas pour dire que ce sont les premiers jeux vidéo de l’histoire, d’ailleurs plus tard on parlera bien de Space Wars, mais simplement, car il faut une image marquante pour le public, qui dans la grande majorité seront des néophytes. Ainsi on leur présente des jeux populaires dans lesquels ils pourront retrouver parfois des souvenirs d’enfance, tandis que même les plus jeunes vont pouvoir reconnaître ces mascottes ou icônes du jeu vidéo.

Et c’est là l’ingéniosité de High Score, car il est tout naturellement impossible de retranscrire une histoire aussi vaste que celle de la création ou de l’évolution du jeu vidéo, en seulement six épisodes de 45 minutes. Non. Le choix a été plutôt de mettre en avant certains aspects de cette industrie, tout en les appuyant avec des jeux marquants qui y sont reliés. Puis surtout en articulant le fil rouge du documentaire autour des portraits de créateurs ou des personnes ayant contribué à faire grandir sa popularité. On découvre ainsi leurs histoires, ce qui les a parfois amenés à rentrer dans ce média ou encore pourquoi ils ont eu envie de faire des jeux. Ce qui définit leur métier et surtout pourquoi ils ont voulu consacrer de leur temps, afin que d’autres personnes puissent prendre du plaisir à jouer à leurs oeuvres.

C’est vraiment pour tout le monde

Après il est vrai qu’un mordu du jeu vidéo n’y apprendra peut-être par grand-chose. Moi-même je dois dire que la plupart des faits énoncés m’étaient déjà connus. Pour autant pas besoin d’être un historien du jeu vidéo pour comprendre que ce documentaire s’adresse avant tout au grand public. En témoignent son format romancé et son enrobage visuel qui enchaîne les mises en scène et les petits traits d’humour en pixels. On sent en revanche l’envie d’aborder des sujets variés qui peuvent graviter autour du jeu vidéo. On parle par exemple une énième fois de Street Fighter et des jeux de combats, mais c’est pour amener doucement le sujet vers la compétition et l’esport. On introduit doucement des créateurs comme Richard Garriott pour parler de Ultima et du jeu de rôle, pour ensuite déborder sur l’influence de ces jeux sur le reste de l’industrie.

On pourrait être contre le choix de certains sujets, comme le fait d’aborder et résumer l’apport d’un géant comme Nintendo en passant par le biais des yeux d’un ancien consultant téléphonique et par la suite les Nintendo World Championships. Pourtant il faut bien comprendre que High Score ne tente pas de retracer l’histoire du jeu vidéo. Le documentaire fait des choix concis pour mettre en avant les entrevues, tout en abordant des sujets qui veulent faire passer un message. Celui que la richesse du jeu vidéo ne se résume pas seulement à des jeux amusants. Le grand public se moque de connaître tous les noms des créateurs, des dates ou des faits historiques. Eux ils veulent être divertis tout en apprenant des choses intéressantes.

Il est vrai que le documentaire contient par contre certaines erreurs historiques, des anecdotes démenties depuis longtemps ou des raccourcies, mais sur le fond cela ne gâche en rien le propos. Il y a même des bons points, comme le fait de mettre en avant la Fairchild Channel F comme la première console à cartouches. Alors qu’on cite souvent la Magnavox Odyssey comme telle, ce qui n’est pourtant pas le cas. C’est une grosse erreur de le penser. Les “cartouches” de l’Odyssey ne contiennent en effet aucun programme. Elles sont simplement des circuits électroniques qui modifient et changent les connexions internes de la console et donc, ce qu’elle affiche à l’écran. Dans ce sens, il est pertinent de rectifier le tir et de citer Jerry Lawson comme un des ingénieurs ayant contribué à l’invention des formats de cartouches contenant des ROM, comme on les connaît de nos jours. 

Après des décennies de mauvaises presses du jeu vidéo par les médias grand public, cela fait du bien de voir un documentaire comme High Score qui traite enfin le sujet de manière plus sérieuse et qui laisse la place aux personnes derrière le rideau. Cela peut être vu comme une porte d’entrée pour découvrir de nouvelles facettes du jeu vidéo et que ce loisir ne se résume pas seulement à un plombier bedonnant. Et que c’est aussi un média avec un passé historique, des créateurs et surtout une industrie qui a parfois quelque chose à dire ou nous faire vivre. On gratte seulement la surface et l’approche est parfois trop généraliste, pour autant cela permet de ne pas perdre l’auditoire et qui sait, de laisser la porte ouverte à ceux qui auront ensuite envie de faire leur propre recherche plus approfondie sur certains sujets. Voire carrément de se lancer à leur tour dans le jeu vidéo. Soyons fous.

Commentez cet article