Google offre Stadia Pro pour deux mois

Google Stadia ne paierait pas assez les développeurs

Voilà les raisons principales du manque de soutien des éditeurs envers Google Stadia.

Business Insider est allé à la rencontre de développeurs afin de savoir pourquoi ce désamour vis-à-vis de Stadia. Il faut dire que la plateforme de Google a beau livrer la technologie, les éditeurs ne se bousculent pas pour y placer leurs jeux.

Cela est encore plus fort du côté des indies, particulièrement courtisés par Microsoft, Sony et Nintendo, et qui brillent par leur absence sur Stadia. Selon un développeur contacté : « The offer was apparently so « low that it wasn’t even part of the conversation » (L’offre [de Google] était tellement basse qu’elle ne faisait même pas partie de la conversation) ».

Un autre développeur explique concernant les exclusivités : « Lorsque nous envisageons ce type d’accord, nous nous demandons si c’est assez d’argent pour nous donner les ressources pour faire ce que nous voulons, ou si c’est une entente d’exclusivité qui nous assure une sécurité. »

Les studios ne se lancent pas à fonds perdu dans le développement d’un jeu. Si les Ori de ce monde existent, c’est parce que les développeurs ont eu la tranquillité d’esprit et des moyens suffisants pour pouvoir vivre et travailler. Sauf que Google semble surtout avoir considéré ces studios comme l’équivalent de travailleurs autonomes. Cependant, si un salarié précaire ne coûte rien en charges, cela devient plus dur lorsque l’on parle d’une société qui apporte du savoir-faire en plus d’une licence et qui doit assumer en plus des salaires dans un milieu où les rémunérations sont souvent confortables.

L’autre problème vient du nombre de projets fermés par Google. À la question de savoir si un éditeur se voit dans une relation à long terme avec Google, un développeur de répondre : « Avec le passif historique de Google, je ne peux même pas savoir s’ils travailleront sur Stadia l’an prochain. » Il faut dire que la liste des services abandonnés par Google commence à être longue et ne joue pas en sa faveur pour rassurer. L’origine de ce problème tient dans son changement de direction et de stratégie. Sous Sergei Brin et Larry Page, les fondateurs de Google, ainsi qu’Eric Schmidt, son PDG, plusieurs services novateurs ont vu le jour comme Gmail, Google Earth ou Google Map, ainsi qu’Android. Google a alors accordé 10% de temps à ses employés pour travailler sur des projets personnels que Google se chargeait de lancer s’ils étaient réellement innovants.

La stratégie était alors d’être les premiers et de proposer quelque chose de suffisamment pertinent pour s’assurer une place de choix sur un marché qui n’existait pas encore. Et il y a eu d’excellents projets comme Google Cloud Print, mais bien d’autres se sont noyés dans la masse, comme Google Checkout. Sauf que nombre de ces services ont été fermés au fil des années et cela s’est accéléré avec l’arrivée de Sundar Pichai à la tête de Google. La société investit désormais dans des secteurs porteurs et d’avenir comme l’IA, le nuage, et donc le jeu en streaming, mais fait table rase des petits services moins populaires.

Aller voir les développeurs en proposant des sommes dérisoires n’est donc pas très rassurant et laisse penser que Google ne s’engage pas sur le long terme. À l’opposé, les éditeurs voient un Epic Games s’assurer des exclusivités sur PC à coups de millions, ce qui couvre parfois largement le développement d’un jeu. Sony et Microsoft ne comptent pas dès qu’il s’agit d’exclusivités et, pour rappel, Microsoft a réalisé ses premiers bénéfices sur Xbox avec le lancement de Halo 3, soit six ans à perdre de l’argent à soutenir sa plateforme. Encore mieux! Savez-vous combien a coûté le premier Gears of War à Microsoft? Pas 30 millions comme annoncé, mais 50, selon mes sources. Microsoft a quasiment payé le développement de l’Unreal Engine 3. La société a-t-elle regardé à la dépense? Non, et cela a été payant. Même chose chez Sony. Lorsque Bungie a quitté Microsoft pour lancer Destiny, Sony a mis un point d’honneur à se payer Bungie au nez et à la barbe de Microsoft, et s’est assuré du contenu exclusif auprès d’Activision d’après mes sources pour 50 millions là encore.

En étant trop pingre, Google entre dans un cercle vicieux. Comme il paie peu, il n’attire pas les développeurs – ce qui diminue l’offre –, pousse les clients vers la concurrence – la plateforme perd de plus en plus d’argent – et se retrouve à se demander : faut-il la fermer?

Tout n’est cependant pas perdu pour Google, qui en a pris conscience en coulisse, mais ce retard va le forcer à dépenser bien plus que s’il avait pensé à tous ces problèmes en amont. Heureusement, l’entreprise a les reins très solides financièrement, mais cela va-t-il être du goût des actionnaires? Selon un éditeur exécutif : « Si quelqu’un peut faire en sorte que ça marche (le streaming NDR), c’est bien eux! »

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