Alex Tagliani: «Il faut respecter ce que les sim racers font»

Alors que la troisième étape de la Canadian Sim Racing Series Lacroix/Tuning se tiendra dimanche soir, RDS Jeux vidéo s’est entretenu avec celui qui a commenté le dernier événement, le pilote professionnel Alex Tagliani. Voici un compte rendu de ce que «Tag» avait à dire au sujet de la pandémie, du sim racing et de l’avenir de cette discipline.

Source image à la une : Courtoisie d’Alex Tagliani

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Comment vis-tu le confinement et la pandémie de COVID-19  ?

Comme tout le monde, on n’aime pas vraiment ça, mais ça va quand même bien. Je pense que ce qu’on est en train de vivre est une leçon de vie pour toute notre société. Ça nous permet de remettre certaines choses qu’on tenait peut-être pour acquises en question. Est-ce que le port du masque deviendra une norme dans les endroits publics lorsqu’on tousse ou qu’on a la grippe ? Peut-être ! Je pense qu’on va en tirer des leçons et qu’on fera mieux à l’avenir, dans le sens où les virus, peu importe leur nom, vont se propager moins rapidement que la COVID-19. Oui c’est une situation difficile à vivre pour tout le monde, mais il faut réaliser que peut-être qu’avant, on était trop insouciant. On faisait un peu ce qu’on voulait sans en voir les conséquences parce qu’on se disait  »ce n’est que la grippe, c’est juste une petite grippe d’homme ». Sauf que là, cette grippe d’homme a mis certaines personnes sur le carreau pendant une dizaine de jours et a fait plusieurs décès. En tant que société, je pense qu’on va s’en sortir et qu’on va grandir de ça.

Le monde du esport et du sim racing a pris une expansion énorme depuis le début de la crise. Comment entrevois-tu l’avenir de cette discipline?

On a tendance à l’oublier, mais le sim racing et le jeu vidéo iRacing existent depuis plusieurs années et ça fait longtemps que des joueurs y jouent. Nous les pros, on a presque tous un simulateur. On jouait une fois de temps en temps, mais pas des heures et des heures. Maintenant, le sim racing est devenu vraiment populaire parce que des gens connus ont essayé de rendre la discipline la plus connue possible étant donné qu’il n’y avait plus de sport en raison de la COVID-19. Ça un donné un gros coup de pouce point de vue visibilité et c’est intéressant pour nous, les pilotes professionnels, parce que les développeurs de iRacing ont pensé à tout pour nous faire vivre une expérience, la plus proche de la réalité possible. La température de la piste est à prendre en considération, la quantité d’essence, l’usure et la pression des pneus, les stratégies de course, tout y est ! Les accessoires de sim racing ont également énormément évolué depuis quelques années. Tout ça fait en sorte que certaines équipes professionnelles utilisent maintenant la simulation pour s’améliorer et comparer des résultats grâce à la télémétrie.

Pour percer dans le domaine de la course automobile, c’est connu, il faut beaucoup d’argent. Est-ce que selon toi le sim racing pourrait devenir une avenue alternative pour les pilotes qui ont du talent, mais qui n’ont pas le support financier pour passer au niveau supérieur?

Absolument, j’en suis persuadé! Le gros problème du sport automobile, c’est justement l’aspect financier et ça va toujours être comme ça. Ces gars-là (les sim racers) connaissent le sport automobile comme le fond de leur poche et conduisent avec les vraies techniques. C’est certain qu’il manque l’élément naturel et le sentiment de danger qu’on retrouve dans une vraie voiture, mais il faut respecter ce qu’ils font. Ce ne sont pas seulement des joueurs qui pèsent sur deux boutons avec leurs pouces pour faire avancer une voiture. La seule chose qui est inexistante dans le simulateur, c’est vraiment l’aspect du feeling.

Le simulateur qu’Alex Tagliani a vendu à Kevin Lacroix avant la tenue de la CSRS. (Courtoisie d’Alex Tagliani)

Certains commentaires sur le sim racing ont fait surface sur le web au cours de la semaine, notamment sur le fait que les courses manquent de sérieux et de professionnalisme par moment. Quelle est ton opinion sur ces critiques ?

À mon avis c’est simple. En ce moment, tu ne peux pas prétendre être dans un mode où tous les pilotes sont parfaits parce qu’on est encore des recrues dans ce milieu-là. Parfois, le choix de la piste peut faire la différence parce qu’on mélange des gars qui ont beaucoup d’expérience en sim racing alors que d’autres pilotes pros sont nouveaux sur la plateforme, ou presque. Quand la piste est trop difficile, il y a donc plus d’erreurs qui se font, donc plus de drapeaux jaunes et d’accidents. La présence d’un éclaireur pour assister le pilote avec ses arrêts aux puits, sa consommation d’essence et sa stratégie de course est aussi quelque chose à ne pas négliger. Je pense que plus le sérieux de la ligue va augmenter, plus on devrait considérer la possibilité d’avoir un arbitre. Il y a un arbitre dans tous les sports alors pourquoi pas en course automobile et sur les simulateurs ? On a accès à une multitude de reprises, c’est certain que c’est faisable.

À quoi t’attends-tu pour la troisième course de la CSRS ce dimanche ?

Tout peut arriver. Mais après deux courses, on commence à voir quels pilotes se démarquent du lot. Alex Labbé, je pense que c’est l’homme à battre. Il a développé une certaine aisance avec le jeu et sa notion du gaming est très hot. Il n’est pas imbattable, mais il est tout un adversaire. Michael Moorley, les frères Reinhart et Raphaël Lessard, tous des gars qui sont sur des simulateurs depuis un certain nombre d’années, sont aussi à surveiller. Et il ne faut pas oublier Kevin Lacroix. Je pense qu’il est de plus en plus à l’aise et rapide avec son simulateur donc il devrait commencer à venir jouer dans le même peloton que ces gars-là. Ça sera le premier circuit routier de la série alors ça va être vraiment intéressant de voir qui va sortir du lot!

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Malheureusement pour lui, Tagliani ne pourra pas participer à l’épreuve de dimanche. «J’ai reçu mon nouveau simulateur, mais je ne crois pas qu’il sera prêt. Il me manque encore quelques trucs comme le volant et le pédalier à recevoir», a-t-il confié. La troisième course de la CSRS se déroulera sur le circuit du Canadian Tire Motorsport Park, dès 21h.