The International 8 : le miracle OG

À l’issue d’un parcours incroyable, OG a soulevé l’Aegis des champions au Rogers Arena de  Vancouver samedi dernier, s’imposant au terme d’une finale palpitante sur les Chinois de PSG.LGD. Les joueurs européens raflent ainsi le huitième The International de Dota 2, brisant le cycle des victoires chinoises les années paires. Mais pour bien mesurer l’ampleur de cet exploit, un retour en arrière s’impose.

Il était une fois OG

OG se construit en 2015 autour d’un duo iconique, le Danois Johan Sundstein et l’Israélien Tal Aizik, plus connus sous les noms de N0tail et Fly. Les deux joueurs sont comme des frères, coéquipiers et surtout amis de longue date depuis l’ère Heroes of Newerth. La saison 2015-2016 est outrageusement dominée par l’escouade, remportant deux Major à Francfort et Manille. Favoris évidents pour le TI6, ils s’écroulent toutefois durant la phase finale, sortis par MVP Phoenix puis TNC. Top 9-12, c’est une contre-performance qui laisse des traces.

Cette déroute entraîne le départ de Cr1t-, Miracle- et MoonMeander, remplacés par s4, Ana et Jerax. Ce nouvel alignement ne tarde pas à faire des étincelles, ajoutant un troisième puis un quatrième Major à leur palmarès, à Boston puis Kiev. Avec quatre Major en seulement cinq éditions, OG est sur le toit du monde Dota 2 et retourne donc au TI avec le même statut de favoris… pour un résultat quasi similaire à l’année précédente : éliminés en arbre inférieur par LGD, ils terminent 7-8es, à peine mieux que l’an passé. Un résultat qui commence à prendre des airs de malédiction.

Nouvelle saison, nouveau circuit professionnel implanté par Valve, et nouveau coéquipier : l’Australien Ana décide de prendre une pause de la compétition, et est remplacé par l’expérimenté Resolut1on. L’alchimie ne prend malheureusement pas avec l’Ukrainien, OG peinant à obtenir des résultats à la hauteur de leur palmarès : un seul Major remporté à Macau, en décembre. Resolut1on est remplacé au pied levé par le Français Sébastien Debs, alias « 7ckngMad », leur entraîneur depuis les débuts d’OG et surtout ancien joueur pro, ayant participé au TI en 2012. Mais c’est un remplacement qui coûte cher, avec les nouvelles structures du circuit de Valve : OG ne pourra plus recevoir d’invitation directe au TI8 via le classement par points, et devra passer par les qualifications ouvertes. Mais le pire restait à venir…

Avec la trahison de Fly, les espoirs s’envolent

Après une énième déception lors de l’ESL One à Birmingham au mois de mai, coup de tonnerre : s4 et surtout Fly annoncent leur départ pour Evil Geniuses. Une nouvelle qui sonne comme une véritable trahison, et que nombre d’analystes voient comme le dernier clou dans le cercueil pour OG.

L’équipe se voit donc contrainte et forcée de se retirer du China Dota 2 Supermajor, ultime étape du Dota 2 Pro Circuit avant The International, pour remplacer ses deux joueurs. C’est chose faite en juin avec d’une part le retour d’Ana, ainsi que l’intégration de Topson, prodige finlandais mais avec absolument aucune expérience du jeu professionnel.

Avec seulement deux mois de préparation, intégrant un nouveau membre, et remaniant les rôles au sein de l’équipe, autant dire que peu voyaient OG se distinguer pour ce TI8. Leur qualification à l’événement à travers les open qualifiers relevait déjà de la bonne performance à ce stade. Et les deux premiers jours de compétition lors de la phase de groupe iront dans ce sens : 1-5 après trois rencontre, la fiche d’OG est peu reluisante, bien qu’affrontant les trois grands favoris de la compétition, qui seront d’ailleurs les trois écuries à compléter le carré final en bout de ligne : Team Liquid, PSG.LGD et Evil Geniuses.

OG se redresse et enchaîne les victoires, pour terminer la phase de groupe quatrième avec une fiche de 9-7, et surtout en émerger dans l’arbre supérieur pour les phases finales.

À la conquête du TI

S’en vient donc le main event, où N0tail et ses compères ont toujours failli par le passé. L’incroyable épopée d’OG peut débuter, avec au premier chapitre VGJ.Storm qui va naturellement les choisir comme adversaire. La formation nord-américaine, qui comprend d’ailleurs Resolut1on dans ses rangs, a réalisé un parcours exemplaire en phase de groupe. OG cependant s’en défait sans trop de peine, et accède au dernier carré, pour une garantie de top 6 : c’est déjà le meilleur résultat dans un TI qui est assuré pour l’équipe.

Mais l’adversaire qui les attend en demi-finale va donner une toute autre dimension à la rencontre : avec EG, c’est Fly et s4 qui leur barrent la route. Un match aux airs de revanche pour N0tail, qui lancera quelques regards noirs à la cage de verre adverse.

L’affrontement est à la hauteur des enjeux, et va en manche décisive, malgré une large avance d’OG dans la deuxième rencontre. Après 53 minutes de bataille et une remontée spectaculaire, c’est OG qui s’impose, expédiant les coéquipiers de Fly dans l’arbre inférieur. La poignée de main glaciale entre les deux frères ennemis restera dans les mémoires comme une des images fortes de ce TI8.

Voici donc OG en finale, déjouant tous les pronostics. Une garantie de top-3, synonyme également d’au moins 2,6 M$ USDà empocher. Mais au TI, seul l’Aegis compte. Ce sont les ogres du tournoi, à qui la victoire est promise par la « tradition », qui se dressent face à eux : les Chinois de PSG.LGD, qui ont balayé les champions en titre Team Liquid précédemment avec un cinglant 2-0. Une rencontre qui présente d’inhabituels airs de France, avec d’un côté l’équipe soutenue par le célèbre Paris-Saint-Germain, et de l’autre l’unique joueur professionnel français de la scène Dota 2. Peu commun pour un pays plutôt amateur du cousin League of Legends.

Qu’à cela ne tienne, OG continue de jouer son style : faire le dos rond, jusqu’à accuser des retards parfois colossaux, pour viser le late game, où leurs héros pourront briller. La série est remportée 2-1, avec notamment une défense héroïque réalisée par l’Earthshaker de Jerax, annihilant les chances chinoises.

OG est en grande finale du plus prestigieux des tournois, enfin, après trois ans de montagnes russes.

Revenus de l’arbre inférieur après une correction infligée à EG, les Chinois compte bien venir prendre leur dû en grande finale. Celle-ci ira jusqu’au bout, pour le plus grand plaisir du Rogers Arena, qui assiste à certainement la plus belle apothéose à laquelle on ai pu assister sur la scène Dota 2. Une fois encore, OG réalise l’impossible, remontant des retards massifs, alignant des héros pourtant hors meta, et défiant toute logique. Une grande finale en cinq manches au TI est déjà assez rare pour être soulignée, seule celle du TI3 entre Alliance et Na’Vi l’ayant proposée. Mais cette victoire est un ovni sur la scène compétitive.

OG est champion du monde, offrant à N0tail et ses partenaires la plus belle des revanches, au-delà des onze millions de dollars remportés. Un parcours qu’on croirait tout droit sorti d’une fiction tellement l’histoire est belle. Il existe en effet peu d’exemples de coach reprenant la souris et le clavier pour aller chercher un titre mondial, tout comme il est difficile de mémoire de citer un joueur sans aucune expérience à niveau professionnel comme Topson allant cueillir un tel trophée. Une équipe qui était il y a seulement deux mois au fond des enfers, et qui a su se tailler sa voie jusqu’au plus haut des sommets, telle est l’incroyable épopée de OG, à raconter au coin d’un feu une longue soirée d’hiver.

En marge du TI

Bien entendu, l’événement fut également ponctué par plusieurs annonces. Pas grand-chose à se mettre sous la dent du côté d’Artifact, prochain titre de Valve depuis longue date. Si l’équipe du jeu était plutôt en préparation du PAX West à venir, les spectateurs présents dans les gradins du Rogers Arena se sont vus offrir une future copie d’Artifact, ainsi qu’un accès assuré à la beta à venir en octobre.

Les matchs d’exhibition face à l’intelligence artificielle OpenAI d’Elon Musk n’auront pas encore vu les prémices de Skynet, s’inclinant face au Brésiliens de PaiN Gaming ainsi qu’une sélection des légendes chinoises de Dota 2.

Deux nouveaux héros ont été annoncés : Grimstroke, disponible le jour-même, et Mars, à venir l’hiver prochain. Un nouveau mode de jeu apportant des mutations a également été mis en avant durant le match All-Star, mais surtout, l’emplacement du prochain The International 9 a été révélé : après avoir déménagé pour la première fois à Vancouver, c’est à Shanghai que se déroulera la prochaine édition, rendant hommage à l’un des plus fervents publics de Dota 2.